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Résilience et écriture

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Résilience: du verbe latin resilio, ire, litt. sauter en arrière, d'où rebondir, résister (au choc, à la déformation).

Je n'avais pas spécialement conscience de ça avant d'écrire. Je veux dire, avant d'écrire plus sérieusement et en toute conscience. D'aligner des mots et des phrases, de re-convoquer de vieux souvenirs. Ma capacité de résilience. Tout ce vers quoi je cours c'est ça.
Rebondir, faire autre chose, résister à une douleur plus grande, trop grande, insupportable.


Certains y arrivent en parlant, en pleurant, en faisant des analyses, des psychothérapies. D'autres se laissent engloutir, engouffrer par une souffrance trop ancienne ou trop dure à encaisser. On aura beau leur tendre la main, les bras, rien n'y fera...
Je n'aurais pas imaginé cette force là en moi. Pourtant, quand j'ai repris la plume (ou plutôt le clavier) après presque 7 ans d'arrêt complet, c'était ça. J'ai mis du temps et des milliers de mots avant de me l'avouer, mais si j'ai écrit c'est uniquement à cause de ce deuil trop injuste. On perd un enfant et on croit que tout s'effondre. On croit que plus jamais rien ne sera supportable. Juste ça. Supportable, pas vivable. Encore moins agréable. Jeter des mots en vrac, c'est une résistance. Raconter des histoires, même si tout est inventé, même si les mots ne sont pas ceux qui devraient sortir, c'est une résistance.
Les gens heureux n'ont pas d'histoire. Pas d'histoires à raconter.
J'aime aller creuser l'absurde et la folie pour me rassurer. J'aime à m'approcher tout près, encore un peu plus immédiate du gouffre... Ça me rassure. Ça m'aide à conserver une certaine lucidité.


Les douleurs les plus lancinantes finissent par être d'immenses longueurs de brasse dans un océan de mots. Noyées, elles en deviennent presque belles.
J'ai toujours, d'aussi loin que je me rappelle et depuis que je sais former des mots et des lettres, écrit quand ça allait mal. Ado, trop bonne élève pour être pitre et trop insolente et impertinente pour être vraiment excellente, je surnageais en eaux troubles. J'étais fortement à part, et je m'isolais désespérément. Un physique quelconque, un sens de la répartie pas encore aussi aiguisé qu'aujourd'hui, j'étais inclassable. Ni pom pom, ni membre du club d'échec.
J'écrivais, partout, tout le temps. Des poèmes pour éblouir les filles de ma classe, ou des longues lettres tarabiscotées pour que les garçons puissent choper facile la fille de leurs rêves de 15 ans. Je cherchais à séduire. Directement ou par procuration.


Écrire a été ma survivance aussi. Pour oublier. Les coups, l'injustice, les longues errances alcoolisées, tout le reste. Ce qui ne se dit pas. Mais qu'on écrit. Les centaines d'heures à écrire entre deux larmes, sous l'édredon avec la lampe de poche, les cernes au petit matin... Certaines portaient déjà les cernes des nuits d'amour. Moi aussi. Mes longues nuits d'amour avec les mots.


J'ai multiplié les lettres, traçé encore et encore des phrases. Pas toujours pour dire les choses, mais pour ceux qui savent, pour moi, entre les lignes quelque part, il y a tant de moi. Peut être que c'est monstrueux cette espèce d'exhibition permanente, où je jette en patûre mon intimité, mais c'est ma façon de communiquer. Transformer, polir, faire du beau, donner des émotions, les partager au départ de ce qui est commun à toute l'humanité : une trop grande peur de vivre, des soucis de communication avec les êtres humains qui m'entourent, une solitude dans une forteresse de mots parfois pesante. J'ai écrit le trop plein. J'ai écrit les milliers de gouttes salées. J'ai écrit mes peurs. J'en ai fait des monstres dont j'ai patiemment poli les dents et les griffes, à force de caresses de papier. Que j'ai anesthésiés à coup de jets d'encre non sympathique.


Je crois que si la capacité de résilience varie d'un individu à l'autre, elle s'apprivoise aussi. Je sais maintenant que pour tout moment difficile à traverser, j'ai au moins ça. Ecrire me permet de mettre en mémoire, d'observer, puis de tirer les leçons, d'effacer et de réecrire de plus belles pages à ma vie.


Je n'écris pas que pour le plaisir, j'écris aussi pour avoir moins mal. Moins peur. Moins froid.


J'écris pour ne plus être seule dans le noir.

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By Sand

Commentaires
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Rolanda Bibine 22-03-2010 11:14:03

Citer:
Les gens heureux n'ont pas d'histoire. Pas d'histoires à raconter."
Cela me rappelle une chanson de zazie "sur toi" , très belle, très émouvante.
Nos plus belles plumes seraient donc des êtres qui ont à ce point souffert ?
sand 22-03-2010 20:06:27

Je ne pense pas qu'il faut forcément souffrir pour créer ( au sens large artistique du terme ) mais la souffrance est une nourriture. A la fois l'inspiration et le remède.
Kowalski 22-03-2010 12:02:24

Cela me rappelle le livre "Un merveilleux malheur" de Boris Cyrulnik... On s’est toujours émerveillé devant ces enfants qui ont su triompher d’épreuves immenses et se faire une vie malgré tous les trucs qui ont existé avant...

Bel article Sand, entre la vie et la poésie comme d'hab......
sand 22-03-2010 23:00:36

Je pense que ces enfants a qui pour la plupart on a volé l'enfance justement gardent une certaine innocence à exploiter en même temps qu'une grande lucidité sur le monde des adultes.
C'est à la fois terrible et magique de rester un enfant en sachant par cœur l'adulte.
( et merci pour le compliment )
milllie 22-03-2010 14:51:23

Des maux et les mots. Deux écritures pour un même son, deux mots à la signification très lointaines.
Ta maitrise à maître des mots sur des maux est à chaque fois un plaisir pour les yeux, une gourmandise pour ma réflexion.
Merci Sand.
sand 22-03-2010 20:09:47

J'aime bien le concept d'être une gourmandise
  Julien (JaXX) Banchet 22-03-2010 15:02:09

Je m'y reconnais bien, j'écris depuis peu dans le secret pour expier mes douleurs... enfin dans le secret, plutôt sur un blog totalement anonyme pour amplifier l'impression que ça me libère.
sand 22-03-2010 20:12:24

Alors qu'au contraire j'ai eu besoin très vite d'avoir des lecteurs un peu pour me rassurer, voir si je faisais bien, si c'était pas trop nul ou emprunte si ça touchait d'autres gens ... Si mes histoires étaient finalement aussi leurs histoires parfois ...
Comme quoi c'est vraiment au feeling pour chacun. Certains prennent un carnet, d'autres ont besoin de l'exposition du blog
Spleen sans idéal 22-03-2010 15:02:35

Je me retrouve dans tes maux

J'écris sur ma vie, limite de l'exhibition intime, ce que m'ont reproché certains amis, d'ailleurs. Mais je sais pas.Ca calme. Peut être est ce le fait de rationaliser les faits, de leurs donner une forme définie et contenue permets de les figer en filigrane.
Je ne saurais dire, surtout que j'écris moins bien que toi . Je laisse juste la plume guider ma main, jetant ma rage sur le papier. Il y a des jours ou je me dis que l'encre, la vraie, ce sont les larmes que je refuse de verser. J'ai juste appris à faire passer les sensations , et ca me suffit, de toute facon ^^
sand 22-03-2010 20:14:29

C'est drôle. Parfois j'écris et ça me permet de pleurer. Alors qu'avant de prendre le clavier rien ne venait.
( heureusement je me planque pour écrire a ces moments la tu me vois en plein cyber café en chutes du Niagara ? )
Belam 22-03-2010 16:54:33

Je sais qu'en ce qui me concerne écrire à découvert faisant preuve d'un exhibitionnisme choquant (il parait) a été salvateur.

Quasiment toutes mes problematiques sont dans des rencontres et des humains et ce qui a été publié avant.

J'ai tout dit pour l'instant. Ce fut libérateur. Mais pr que ça marche, il faut du "je".
sand 22-03-2010 20:15:24

Oui. Il faut juste du temps pour arriver a l'amener le "je".
Zan 22-03-2010 23:02:22

oui il faut du temps ^^
  sapiens 23-03-2010 19:44:40

oui
oui pour tout

Grand texte; indispensable
Alors merci à toi de l'avoir écrit.

Car aussi, il est utile.
sand 25-03-2010 23:28:58

A moi très égoïstement. Et si aux autres c encore mieux
  Monsieur Poireau 22-03-2010 22:05:24

Très beau texte.

...

Ce qui est à craindre quand même, c'est de devoir entretenir une certaine souffrance pour conserver près de soi l'écriture. Ce serait dommage. Il faut donc tenter aussi d'écrire le bonheur…
:-))
Zan 22-03-2010 23:02:45

écrire le bonheur serait une victoire ?
sand 25-03-2010 23:29:58

J'écris aussi le bonheur des fois.
Mais j'ai un goût immodéré pour la nostalgie et le doux amer
  Pandora 06-09-2010 14:13:06

Ecrire ce qui fait mal permet de le transformer en le sublimant pour mieux rebondir
Ecrire le bonheur permet de le revivre en décuplé pour continue à le savourer
Cette capacité de résilience était en toi, l'écriture en a été l'outil. Joli billet
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