Tu ne pleureras point
Mardi, 30 Mars 2010 00:00
Spleen sans idéal
Tu ne pleureras point
C'est l'une des phrases qui te marquent, quand t'es petit. Ma mère ne me l'a jamais dit. Mais c'est implicite. Un homme, ça ne pleure pas. Un homme, ça évite de souffrir. Un homme, c'est solide, tout le temps. Un homme, ça ne craque jamais. Un homme, c'est un arbre auquel on est sensé se rattacher quand les choses vont mal. Un homme, c'est dur.
Gros ramassis de connerie non-viables et débiles. Le problème, c'est que ça marche. Je pleure une fois tous les deux ans, environ. À tout casser. Les années fastes. Je ne sais pas. Il y a une petite voix qui dit que les larmes sont pour les faibles. Et les faibles, ça s'écrase. Donc toi, tu encaisses. C'est marrant à dire pour un type qui a été un pleurnichard une bonne moitié de sa vie. Avant, je pleurais pour un rien. J'étais un poil capricieux, aussi, faut avouer. Une vraie chochotte. J'ai arrêté quand je me suis rendu compte que les larmes ne valaient rien.
Au fur et à mesure, un homme « digne de ce nom » apprend une chose : mieux vaut détruire que souffrir. Fait mal, et la douleur passe. À ce moment, je suis devenu violent. Vraiment violent. Je me suis battu pour le fun, pour l'envie, pour la rage. Je me battais déjà avant. Peut-être parce que j'étais petit et que tout le monde voulait me prendre comme faire valoir. Quand tu fais 20 cm de moins que les autres, tu apprends à frapper vite et ou ça fait mal. Vu le nombre de manchette dans la gorge que j'ai envoyée, je me demande comment ça se fait que je n'ai jamais tué personne. Mais passé un moment, j'ai commencé à frapper à chaque fois que quelque chose me déplaisait. J'ai balancé des pierres dans des vitres. J'ai balancé des pierres dans les glawis. J'ai écrasé des genoux, pété des nez, cassé des dents. J'ai le rebord d'une incisive brisé, souvenir tendre de l'époque où tout le monde me prenait pour un psychopathe (encore que tout le monde me prend encore pour un psychopathe, mais bon, ça, j'y peux rien, question d'aura).
Le problème avec la violence, c'est que ça s'accorde mal avec le calme et la lecture. Alors, ça soulage, oui. On ne pleure plus. Même quand on perd. Parce que l'adrénaline fait tout passer. Que frapper fait du bien. Un bien fou, c'est le cas de le dire. Mais c'est fade, c'est creux, c'est brutal. Et la ou le bats blessé, c'est que c'est tout ce qu'il y a de plus anti-intellectuel sur terre. Et moi, je suis un intello de première facture (même si ça me fait chier). Frapper c'est bien, mais ça empêche de lire. Résultat, les ecchymoses non plus ne valent rien. Le rire, lui, il vaut quelque chose. Le mépris aussi.
Et là, on apprend à s'emmurer. À se couper du monde, petit à petit. De toute façon, c'est tellement facile quand on est différent que ça ne demande pas énormément d'effort. On se laisse juste porter par le courant. Et là, un beau jour, on se rend compte qu'il y a le monde et vous. Et c'est pratique. « L'enfer, c'est les autres ». Et bien quand on enlève le paramètre « autres », le paramètre « larmes » équivaut quasiment à zéro (sauf quand Tifa meurt, tuée par Séphiroth. Pourquoooooooooooooiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ?????) Mais le silence non plus, ce n'est pas marrant. Rahlalala, dure est la quête pour tarir ses cascades personnelles.
Et un jour, on tombe sur le cynisme. Le vrai. Le scholastique. Celui de Diogène. On apprend à voir les choses d'un air détaché, pragmatique, où il n'y a pas de vainqueur, juste une situation. L'avantage, c'est que ça éclaircit l'esprit. Le détachement, le vrai, c'est une quête de la sagesse, mais qui prend ses bases sur la méfiance et la défiance envers le genre humain. Mais c'est tellement agréable. On se rend compte que la dérision empêche les larmes. Même si elle transforme le sourire en grimace et le rire en gloussement.
Le plaisir s'affadit, mais les larmes se sont taries.
Le problème dans tout ça, c'est que moi, de temps en temps, j'aimerais bien pleurer. Après tout, c'est chouette, les endorphines. J'aimerais bien pouvoir me lâcher, hurler quand il faut, pleurer quand j'ai mal. Frapper quand j'en ai envie, tout péter, m'égosiller. Avoir des réactions sans me poser la question des conséquences. Juste arrêter d'être intelligent et de toujours voir les choses d'un point de vue global. Merde, c'est chiant, après tout, d'être le type qui ne juge jamais et qui essaie toujours de voir plus loin que sa colère.
J'aimerais bien être un être humain normal, de temps en temps.
By Spleen Sans Idéal
Un habitué de la maison à présent :)
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Ce qui est génial avec ton écriture...
... Ce mec est un grand timide... Tou...
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