VOLDEMAG

S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

voldemag

Tu ne pleureras point

Envoyer Imprimer PDF



Tu ne pleureras point

C'est l'une des phrases qui te marquent, quand t'es petit. Ma mère ne me l'a jamais dit. Mais c'est implicite. Un homme, ça ne pleure pas. Un homme, ça évite de souffrir. Un homme, c'est solide, tout le temps. Un homme, ça ne craque jamais. Un homme, c'est un arbre auquel on est sensé se rattacher quand les choses vont mal. Un homme, c'est dur.

Gros ramassis de connerie non-viables et débiles. Le problème, c'est que ça marche. Je pleure une fois tous les deux ans, environ. À tout casser. Les années fastes. Je ne sais pas. Il y a une petite voix qui dit que les larmes sont pour les faibles. Et les faibles, ça s'écrase. Donc toi, tu encaisses. C'est marrant à dire pour un type qui a été un pleurnichard une bonne moitié de sa vie. Avant, je pleurais pour un rien. J'étais un poil capricieux, aussi, faut avouer. Une vraie chochotte. J'ai arrêté quand je me suis rendu compte que les larmes ne valaient rien.

Au fur et à mesure, un homme « digne de ce nom » apprend une chose : mieux vaut détruire que souffrir. Fait mal, et la douleur passe. À ce moment, je suis devenu violent. Vraiment violent. Je me suis battu pour le fun, pour l'envie, pour la rage. Je me battais déjà avant. Peut-être parce que j'étais petit et que tout le monde voulait me prendre comme faire valoir. Quand tu fais 20 cm de moins que les autres, tu apprends à frapper vite et ou ça fait mal. Vu le nombre de manchette dans la gorge que j'ai envoyée, je me demande comment ça se fait que je n'ai jamais tué personne. Mais passé un moment, j'ai commencé à frapper à chaque fois que quelque chose me déplaisait. J'ai balancé des pierres dans des vitres. J'ai balancé des pierres dans les glawis. J'ai écrasé des genoux, pété des nez, cassé des dents. J'ai le rebord d'une incisive brisé, souvenir tendre de l'époque où tout le monde me prenait pour un psychopathe (encore que tout le monde me prend encore pour un psychopathe, mais bon, ça, j'y peux rien, question d'aura).

Le problème avec la violence, c'est que ça s'accorde mal avec le calme et la lecture. Alors, ça soulage, oui. On ne pleure plus. Même quand on perd. Parce que l'adrénaline fait tout passer. Que frapper fait du bien. Un bien fou, c'est le cas de le dire. Mais c'est fade, c'est creux, c'est brutal. Et la ou le bats blessé, c'est que c'est tout ce qu'il y a de plus anti-intellectuel sur terre. Et moi, je suis un intello de première facture (même si ça me fait chier). Frapper c'est bien, mais ça empêche de lire. Résultat, les ecchymoses non plus ne valent rien. Le rire, lui, il vaut quelque chose. Le mépris aussi.

Et là, on apprend à s'emmurer. À se couper du monde, petit à petit. De toute façon, c'est tellement facile quand on est différent que ça ne demande pas énormément d'effort. On se laisse juste porter par le courant. Et là, un beau jour, on se rend compte qu'il y a le monde et vous. Et c'est pratique. « L'enfer, c'est les autres ». Et bien quand on enlève le paramètre « autres », le paramètre « larmes » équivaut quasiment à zéro (sauf quand Tifa meurt, tuée par Séphiroth. Pourquoooooooooooooiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ?????) Mais le silence non plus, ce n'est pas marrant. Rahlalala, dure est la quête pour tarir ses cascades personnelles.

Et un jour, on tombe sur le cynisme. Le vrai. Le scholastique. Celui de Diogène. On apprend à voir les choses d'un air détaché, pragmatique, où il n'y a pas de vainqueur, juste une situation. L'avantage, c'est que ça éclaircit l'esprit. Le détachement, le vrai, c'est une quête de la sagesse, mais qui prend ses bases sur la méfiance et la défiance envers le genre humain. Mais c'est tellement agréable. On se rend compte que la dérision empêche les larmes. Même si elle transforme le sourire en grimace et le rire en gloussement.

Le plaisir s'affadit, mais les larmes se sont taries.

Le problème dans tout ça, c'est que moi, de temps en temps, j'aimerais bien pleurer. Après tout, c'est chouette, les endorphines. J'aimerais bien pouvoir me lâcher, hurler quand il faut, pleurer quand j'ai mal. Frapper quand j'en ai envie, tout péter, m'égosiller. Avoir des réactions sans me poser la question des conséquences. Juste arrêter d'être intelligent et de toujours voir les choses d'un point de vue global. Merde, c'est chiant, après tout, d'être le type qui ne juge jamais et qui essaie toujours de voir plus loin que sa colère.

J'aimerais bien être un être humain normal, de temps en temps.

signature
By Spleen Sans Idéal

Un habitué de la maison à présent :)

 


Commentaires
Ajouter un nouveau Rechercher RSS
sand 30-03-2010 08:44:49

oulah comme il me parle ce texte.
Pourtant j'ai vérifié, pas l'ombre d'un service trois pièces entre les jambes, je suis anatomiquement bien une fille.

Sauf que chez moi on éduque les filles comme des mecs. Et que la problématique du "pas de larmes" je connais assez bien.

La violence, toussa, le mépris...

Ca se travaille. Maintenant je m'autorise à pleurer.
C'est bon de lâcher prise...
Je suis pas un homme
  Manu 30-03-2010 10:37:03

Ou alors comment expliquer je fonde en larme à chaque happy end de film, ou quand un concurrent malheureux perde dans un jeu culinaire d'une petite chaine qui a fini de monter, ou quand je me tape Le papa pingouin s'ennuie sur la banquise via youtube avec ma progéniture, ou pire encore, quand la tribune Ouest se met à chanter un chant qui résonne jusqu'au plus profond de mes tripes...

Lache l'affaire, Spleen, on peut être un mec un vrai et prendre son pied en lâchant les endorphines...

Brait un coup, tcho, te picheras moins...
Rolanda Bibine 30-03-2010 11:43:52

Tu es bien un être humain : tu es complexe . Et puis faut être équipé pour pleurer : des paquets de mouchoirs (achetés par paquet de 30 chez nous!), la trousse à maquillage toujours prête (oui, bon ça tu t'en fiches) .Faut assumer d'avoir les yeux rouges à la moindre occasion ! On échange ? j'aimerais bien être un peu moins sensible, un peu moins chochotte
Belam 30-03-2010 13:12:53

j'aime beaucoup ce texte, ce mélange de larmes refoulées, de violence, et de cynisme.

Ca ressemble aux hommes que j'ai aimé
  YoosF 30-03-2010 15:20:34

Alors ce texte est dingue est dingue. Genre complètement. Parce que j'aurais très bien pu l'écrire au sujet de ma personne. Ça me raconte complètement ce texte, bravo.

Par contre je vais me permettre une petite précision : c'est Aeris qui meurt tuée par Sephiroth. En plein cœur de la Cité des Anciens. Un petit bout de moi-même est mort aussi le jour là...
Spleen sans idéal 30-03-2010 15:24:58

Argh comment ai je pu ecrire une anerie pareille ? Désolé, j'étais à fond dans mon trip .
Le pire, c'est que je crois que l'une des rares choses qui arrivent à m'arracher une tite larme, c'est son thème musical.
Ah FF7 , quel jeu !!
Et pourtant, quelle bouillie de pixels c'etait ^^
  YoosF 30-03-2010 15:44:25

Ah mon Dieu cette musique, ce thème d'intro...
Trouve les Piano Collections, c'est un petit miracle à eux tous seuls ;-)
Spleen sans idéal 30-03-2010 17:19:52

Je les ai pour le 7 et le 9
Mais j'aime bien en symphonique, surtout pour les thèmes principaux. Uematsu est un pro du violon
baci 31-03-2010 01:14:15

*émue en pensant aux heures passées àjouer à FF7*
dawi 01-04-2010 04:58:59

Ptin j'arrive toujours trop tard, j'ai failli m'ecrouler quand j'ai vu ca... MAis c'est deja corrige, merci Yoosf !

Il faut avouer que c'etait mythique. Le 9 et encore plus le 12 valent aussi le deplacement...
  AurelieTheBest 30-03-2010 16:08:37

J'ai l'impression de t'avoir déjà rencontré... C'est que ton "cas" (qui n'en est pas un finalement) est loin d'être isolé.

Etre conscient de ces différentes étapes, c'est être terriblement humain.

(Sinon en bonne pisseuse, je brade la larme!)
Spleen sans idéal 30-03-2010 17:24:32

Oh, je suis ce qu'on a fait de plus classique en homo sapiens sapiens mâle
baci 31-03-2010 01:18:22

ton texte me fait penser à cette fois où j'ai expliqué à mon filleul qu'il pouvait pleurer.

sa soeur venait de lui lancer aimablement "oh ça va tu vas pas pleurer, t'es pas un bébé ou une fille !"
alors j'ai très sérieusement pris les 2 entre 6 zyeux et j'ai expliqué que je ne voulais plus entendre cette phrase.

quand on pleure, on n'est ni un bébé ni une fille, les garçons pleurent. les adultes pleurent.

"c'est normal, tu n'as pas avoir honte de pleurer, tu t'es fait mal. On va soigner ça. Ca va passer."
maintenant, j'ai ajouté un bémol en disant que les pleurs et surtout les pleunicheries ne devaient pas être un mode de fonctionnement.

je crois que même sans les parents, les enant entre eux s'interdisent de pleurer
Nom:
Email:
 
Titre:
Website:
BBCode:
[b] [i] [u] [url] [quote] [code] [img] 
 
:angry::0:confused::cheer:B):evil::silly::dry::lol::kiss::D:pinch:
:(:shock::X:side::):P:unsure::woohoo::huh::whistle:;):s
Saisissez le code que vous voyez.

3.26 Copyright (C) 2008 Compojoom.com / Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

 

Spleen sans idéal est membre de Voldemag depuis le Lundi, 15 Mars 2010.

> Voir les autres articles de cet auteur

Joomla SEF URLs by Artio

Commentaires