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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Capital Punishment

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Le Rap, comme tout style musical qui se respecte, possède son lot de classiques et de disques indémodables. La côte Est des États-Unis a livré une partie de ces galettes tout au long des années 90. Cet album, sorti en 1998 vient donc participer à la clôture d'une décennie déjà bien chargée. Son auteur, parti trop tôt à cause d'une crise cardiaque due à son obésité, sera le sujet principal de ce billet, l'album n'étant qu'un prétexte pour lui rendre hommage.

« I'm livin' alone in this cold world »

Tirée du morceau du morceau « Capital Punishment », cette phrase, à première vue anodine, résume à la perfection la nature profonde de Big Pun, et plus spécifiquement celle de cet album, de loin la plus remarquable de ses œuvres. Big Pun s'y montre sous son meilleur jour. Dévoilé au grand public par Fat Joe, il fût vite l'élève qui a dépassé le maître, et s'est imposé comme une référence incontournable pour tous les amateurs de la scène rap New-Yorkaise.

A ceux qui pensaient qu'à la fin des années 90 la créativité et l'originalité commençaient à se perdre dans le Hiphop, Big Pun va formuler une réponse très claire. Le titre "Beware" qui suit l'intro invite l'auditeur à entrer de plein pied dans le disque et à assister à une suite de démonstrations qui marqueront un tournant dans l'histoire du genre. Les instrus choisis par Pun ont l'air d'avoir été pensés pour convenir parfaitement aux différents personnages qu'il incarne. Qu'il s'agisse de titres sombres à l'image de "Capital Punishment" ou "You Ain't a killer", ou d'autres beaucoup plus légers comme "I'm Still not a Player", tout est mis en place pour que Pun se sente à l'aise et nous délivre le meilleur de lui-même. Et ce qui fait la réussite de cet album, c'est sans aucun doute la dextérité au micro du maître de cérémonie.

Le cadre musical étant bien ajusté, Big Pun peut enfin entrer en scène et nous éclabousser de son talent.
Là où certains rappeurs se permettent quelques relâchements pour mieux faire ressortir leurs coups d'éclat en matière de flow, Pun garde une constance assez déconcertante, qu'il ait l'intention de nous faire danser ou simplement hocher la tête. Ainsi, nous assistons à un florilège de phases toutes aussi travaillées les unes que les autres.

Exemple sur le titre Twinz avec son acolyte de la première heure Fat Joe :
"Dead in the middle of Little Italy little did we know
that we riddled some middleman who didn't do diddily"


Big Pun Feat. Fat Joe – Twinz


On voit ici que notre ami ne laisse pas d'air à ses syllabes. On frôle l'asphyxie, comme s'il savait que le temps lui manquerait et qu'il avait trop à nous laisser. Ainsi, il fait se succéder les syllabes dans un bal d'assonances et d'allitérations époustouflant.

Mais cette façon de surcharger ses phases se retourne contre lui à certains moments. On a parfois l'impression que les mots n'ont pas le temps d'être exprimés et cette rapidité fait perdre au rappeur un peu de naturel, les paroles ont l'air d'être récitées mécaniquement.

Mais tout cela est vite occulté par un autre détail qui fait passer le disque du statut de très bon à celui d'excellent. Il s'agit de l'humour qui est distillé par le Punisher : malgré son physique improbable, il nous fait comprendre qu'il est désiré de toutes les femmes, c'est ce personnage qui fait son originalité. La vulgarité parfois présente dans ses lignes devient subitement savoureuse à l'instar de celles d'un Bukowski, car elle est justement ornée de cet humour et traitée avec une plume exceptionnelle.

Se servant parfois de la langue espagnole pour étoffer ses rimes, Pun élargit un peu plus sa palette de mots pour nous peindre une toile sonore remarquable. Du coup, on a tendance à le croire lorsqu'il déclare "Spike Lee couldn't paint a better picture" (Twinz).

La crème du Hiphop new yorkais est conviée à ce projet et chacun des invités fait honneur, à sa manière, au maître de cérémonie. Fat Joe, NORE et Inspectah Deck font par exemple remarquablement leur part du travail, et leurs prestations n'altèrent en rien l'ambiance générale de l'album. Joe et Miss Jones apportent une fraîcheur r'n'b bienvenue dans cet univers sombre, contribuant à rendre l'album
plus accessible.

Le disque a connu un succès d'estime avec de très bonnes critiques mais également une réussite commerciale surprenante, d'autant plus que ce fut le premier rappeur latino à atteindre le disque de platine. Ceci lui conféra rapidement le statut de modèle aux yeux de sa communauté.


"Capital Punishement" est, en somme, la preuve que Big Pun vivait seul, loin de la concurrence et loin de ce monde. La chaleur qu'il a essayé d'y apporter est condensée dans ce disque, où il ne cesse de nous répéter en filigrane : « Im livin' alone in this cold world ». Plus de 10 ans après sa mort, et 12 ans après la sortie de cette pièce maîtresse, Big Pun continue de fasciner et nous n'avons pas fini de le redécouvrir.

Still not a player





La pochette résume assez bien le personnage dans toutes ses facettes. La métaphore qui consiste à expliquer qu'il prend la statue de la liberté, symbole de l'Amérique par derrière, Cette dernière étant munie d'une platine, on comprend que c'est en musique qu'il vient nous surprendre. L'humour et le décalage de Big Pun qui sont contenus dans cette simple image et annoncent la couleur à l'auditeur.



Note : Pour mieux comprendre le phénomène Big Pun, vous pouvez vous procurer le documentaire « Big Pun : The Legacy » qui s'intéresse en profondeur à la vie et à l'héritage laissé par le rappeur.

 


ifalas_

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Auteur de cette article : ifalas_