Je ne pense pas à la mort, parce que j'en ai beaucoup trop peur. Ma petite philosophie voudrait que je la considère comme le reste, c'est à dire comme quelque chose qui arrivera à un moment ou à un autre, sans que j'aie vraiment mon mot à dire, et qu'il faudra bien faire avec (ou pas, d'ailleurs). J'ai l'impression que ma philosophie se fout un peu de ma gueule. Bref, toujours est-il que l'on se pose un milliard de questions métaphysico-civilisationnelles quand on pense à la mort. Normal, vous me direz. Dis, y'a quelque chose après ? Dis, il restera quoi quand y'aura plus personne ? Dis, on est vraiment tous seuls ? Je ne sais pas vraiment. À vrai dire, je crois que je suis beaucoup trop égoïste pour me soucier de ça. Tant que j'ai le temps de faire mon chemin, sans trop embêter qui que ce soit et que le rideau ne tombe pas avant que j'aie fini, ça me va (on se voile la face comme on peut, hein).
J'ai pleuré une seule fois. Quand le mari de mon arrière-grand-mère est mort. J'avais sept ans et j'apprendrais plus tard que ça n'en valait vraiment pas la peine, compte-tenu du fait que j'ai fêté mes vingt ans le jour où on a fini de payer ses dettes. Par contre, j'ai pas su quand ce fut le tour de mon meilleur ami, quand j'avais quatorze ans. On ne prévoit pas ce genre de chose. Pourtant, je suis resté aphasique. C'était comme ça, je ne pouvais rien y faire. Je n'avais même pas envie de me révolter. En fait, je ne sais pas si on n'a pas plus peur de la mort parce que c'est une des seules choses à propos de laquelle on ne saura jamais comment réagir.
Ensuite, il y a l'éternelle question de la réaction des proches. Une arme de guerre en matière de culpabilisation si jamais votre réaction ne correspond pas à la leur pour telle ou telle raison. Pourquoi est-ce qu'à moi, ça me fait pas cet effet-là ? Qu'est-ce que j'ai raté ? Qu'est-ce que j'ai mal fait ? En fait, je crois que chaque décès nous oblige à remettre en question notre place au sein du groupe, notre rôle. Où sommes-nous sur ce grand échiquier pavé de larmes, de souffrance ou au contraire, de soulagement ? Qui sommes-nous pour les autres ? Des renforts ou des déserteurs ?
Nous allons finir par jouer à ce petit jeu, de quand nous étions plus ou moins jeune. Moi, quand ce sera fini, je voudrais un morceau comme celui-là. Un morceau en plusieurs parties, qui serait parfait pour clore tous les chapitres un par un, comme ça, sans douleur. Oui, je crois que je voudrais quelque chose qui me plaise. À l'enterrement de mon Tonton Marcel, on a joué l'Ave Maria. Connaissant le personnage, je crois que ça l'aurait un peu fait chier.
Je crois que ce qui m'angoisse le plus, c'est le jour où nous serons tous morts, parce qu'il ne restera plus personne pour dire que le temps passe.

by Henri
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
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