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Less Is More
De prime abord, l'exceptionnelle douceur printanière est propice aux grattes acoustiques, aux voix éraillées par d'obscures substances et de trop courtes nuits, chantant la beauté des champs de coquelicots et du sexe formidable au clair de lune en déversant des chants hippies sertis d'arpèges cristallins.
Frémissement auditif et ballottage sensoriel qui seraient un peu le remake du sulfureux 'More' de Barbet Schroeder. Tourné en 1969, année moite s'il en est, ce film mythique fut marqué par la musique inoubliable de Pink Floyd et la fameuse chemise blanche évanescente et transparente de la troublante Mimsy Farmer laquelle incarnait Estelle.
Et parce que ça ne fiche pas les noisettes de se reméMOREr quelques images de cette sublime histoire d'amour sensuelle, opiacée et tragique, fatalement tragique ; ou parce que comme le dit Stefan le jeune éphèbe allemand à Estelle " Où est le plaisir sans tragédie ? "
*Extraits du film ‘MORE' illustré par la fabuleuse bande son de Pink Floyd (1969)
‘White Is The Light that Shines Through The Dress That You Wore....' (David ‘Gueule d'Ange' Gilmour fais moi mal)
Rideau c'est beau...
Et précisément, il y a des jours comme ça, où l'on n'a pas forcément fumé autre chose que des pissenlits, que l'on n'a pas déconné sur le ti punch, que l'on n'a pas bronzé nus et fait l'amour comme des damnés à s'en flinguer le dos sur une plage à Ibiza ET que Sun Râ n'a pas carbonisé l'intégralité de nos neurones.
Dès lors, on se dit qu'on aimerait bien défendre un artiste, pas inconnu, loin de là, mais plutôt confortablement enfoncé dans sa crédibilité presque underground, son petit cercle d'aficionados, et dont on ne parle pas assez, quoique généralement en bien. Parce qu'aujourd'hui à d'heureuses exceptions près, mieux vaut poncer les angles, ratiboiser toute velléité d'originalité, nettoyer en surface, polir jusqu'au trognon et parfaire les morceaux et accélérer le tempo si possible histoire de pondre des chansons susceptibles de faire succomber le plus grand nombre. Parce que ça ne dure pas longtemps, parce que l'argent et que sais-je encore... Et l'art, le plaisir et la prise de risques alors ?
On oublie un peu la fée électricité et on se penche sur une petite nébuleuse qui nous conduit vers le folk, on déflore l'univers de Jim Yamouridis qui a fait le chemin inverse de Stefan le héros du film de Barbet Schroeder en fait : sous les pavés pas la plage, mais la montagne...
Dandy classieux gréco-australien, la quarantaine sexy et la virilité désinvolte, Jim Yamouridis c'est d'abord outre une enveloppe charnelle qui attire l'œil, un organe somptueux, grave, caverneux ensorcelant en un mot bandant. Vestige ou héritage d'une vie toute en volutes et autres plaisirs épicuriens toujours d'actualité, cette voix renversante illumine des compositions crépusculaires de haute volée. Mélancolie mon amour, j'arrive...
À l'heure où j'écris ces lignes il a sorti son troisième album ‘Into The Day', qui le voit enfin tutoyer d'un peu plus près la lumière médiatique. Mais c'est du disque précédent, « Travelling Blind » paru en 2008 dont j'ai envie de parler, parce qu'il a déjà 3 ans —et contrairement à ce qu'avait affirmé mordicus Beigbeder l'amour dure un poil plus que trois ans— et parce que ce petit bijou demeure un splendide voyage à l'aveugle.

Il a fallu qu'une amie me le colle dans les oreilles entre deux digressions houblonnées au sein d'une horde de supporters du ballon ovale pour que je m'engouffre dans son univers ouaté et magnifique. Je m'en souviens comme si c'était hier, de ce disque certes d'un dépouillement extrême mais d'une grâce et d'une puissance folles aux antipodes d'une quelconque mièvrerie larmoyante ou d'un songwriting austère et chiant. Une fragile et sublime gratte, une basse qui ronronne des notes toutes douces mais qui vous déglinguent de bonheur, une batterie en mode mezzo et une clarinette qui vient secouer le palpitant et appuyer là où ça fait mal ! What Else comme dirait George ? La touche repeat en mode expresso et un carafon entier de ces délicatesses s'il vous plaît ...
Si vous voulez vous enivrer de douces mélopées folk vénéneuses et classieuses et succomber à cette voix qui trimballe son spleen entre Johnny Cash, Leonard Cohen voire les pages les plus lumineuses des Tindersticks : One way ticket to Auverhna, Clermont-Ferrand, last stop à la Coopérative de Mai (salle de concert que l'on ne présente plus) parce que c'est au creux de cette Sainte Trinité volcanique qu'il se planque professionnellement parlant parce qu'il habite ailleurs, un trip plus Mountain High, River Deep dans l'Allier dans une cahute dont lui seul détient les clés.
Pour la note people, on glissera que le sieur a pour compagne une délicieuse jeune femme française rencontrée en Australie, laquelle répond au nom de Mireille, traductrice à ses heures, manager à demeure et qu'une certaine Camille est venue donner de sa voix très singulière sur le morceau de choix qu'est ''Travelling Blind''.
Pour la note de yamouritude hype, on dira que dans un lointain passé, lost in Australia il a tâté le sillon sous la houlette de Conway Savage, le clavier de Nick Cave et ses mauvaises graines auxquels son petit univers fait aussi songer par moments ! Enfin, une certaine demoiselle du Dorset nom de code PJ Harvey a enfourché un de ses morceaux « The Rider » ! Sa version est splendide, mais l'original est une saloperie suave insensée...
Jim Yamouridis - The Rider (Europavox festival 2008).
Pour ce Jim là on fait des propositions indécentes à son disquaire, on sourit, on (Kylie) minaude pour demeurer en terre australienne ; après on regagne ses pénates, on se désape, on s'étire, on fait l'étoile de mer dans le lit et on susurre stupidement comme une jouvencelle « on fait l'Yamour Dis » ? Ou alors on la joue façon Easy Rider, Denise Hopper c'est subitement nous , on ouvre grand la fenêtre pour avoir cette sensation d'infini, histoire de sentir le vent nous caresser la truffe et on hulule de sa plus belle voix de crécelle cinglée des grands espaces, des lacs et des serments brisés sur les mélopées de Jim! Ecoutez « Grass & Dew » et on en recause...
« Travelling Blind » c'est itou de quoi coller aux femmes l'envie d'être polyandre pour un soir parce que Andros signifie l'homme majuscule, en un mot, le mâle et Jim c'est le mal pour nos oreilles ;) Enfin, c'est surtout un très beau prétexte pour relancer la consommation de la clope interdite façon Mimsy Farmer dans 'More' pour imiter ce timbre suave unique et coincer à la hussarde notre partenaire de jeu en dégainant sans crier gare un sensuel 'I Want To Ride With You' ! Prélude à une chevauchée torride et forcément fantastique...
Action Maestro !
Jim Yamouridis - I want to ride (Session acoustique Paris, 2009 avec Môssieur Warren Ellis himself (et sa barbe légendaire qui sévit avec Nick Cave chez Grinderman et les Bad Seeds ) au violon.
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