Le rock, tu l'aimes ou tu le quittes
Mercredi, 11 Novembre 2009 00:00
Sand
Il y a des trucs dans la vie dont on se dit:"je dois faire ça au moins une fois." Pour certains ça peut être sauter à l'élastique, pour d'autres prendre un billet aller simple pour Bornéo, ou bien réussir une bonne fois pour toutes à regarder un film de Steven Seagal jusqu'au bout sans éprouver une subite aversion pour le genre humain. Et spécialement les gros bras à cheveux huileux qui se croient obligés de sauver le monde alors qu'on ne leur a rien demandé. Par exemple. En ce qui me concerne, le défi était voir un concert de Muse. Un vrai. Pas juste un set de festival.
Mission qui s'est avérée très vite compliquée. Ce n'est pas parce qu'en Belgique, à défaut de gouvernement, on a nombre de concerts modernes et de gros tourneurs que l'accès en est évident. Détrompez vous. Le jour J de l'ouverture de la billetterie en ligne, vous avez droit à très exactement 22 minutes 36 secondes (en moyenne) pour repérer vos places, lancer une procédure de réservation, procéder au règlement, et enfin obtenir les précieux sésames, en comptant sur (et c'est toujours une moyenne) sept plantades ou semi plantades de la tentative de réservation pour cause de serveur saturé.
Quelquefois, chance inouïe, l'essai est transformé. Mail de confirmation et tout le toutim, alléluia. Et puis, parfois c'est l'embardée. Vous aurez beau vouer aux gémonies tous les saints du webradis, c'est la chute. Il ne reste plus qu'une chose à faire. A part un brushing et prier (le brushing ça détend, et la prière parfois ça marche. Ou l'inverse. Je ne sais plus. ), il reste la solution de secours. Le fameux site e-tu vas forcément acheter un truc chez moi même moche-bay. Des appâts de trappeur canadien à qui on ne la fait pas vous tendrez, à l'aguet tel un puma visant une antilope vous serez, jusqu'à enfin apercevoir ondoyer au loin la possibilité, le golden ticket. Qui n'aura jamais aussi bien porté son nom, puisque vous vous apprêtez à débourser le double du prix initial, un mystérieux sort semblant s'acharner sur les tickets de concert qui ont tendance à inflationner dangereusement. La crise ma bonne dame.
Tout ceci se passe environ sept mois trois semaines, 5 heures et trente-deux minutes avant ledit évènement, temps vraisemblablement nécessaire pour se remettre du nervous breakdown causé par le débusquage des places d'entrée.
Revenons donc à nos moutons, ou plutôt à nos cabris (la référence au cabri sera expliquée plus tard tout se tient rien ne se perd, pas même les téléphones portables qui serviront de briquets modernes au moment du slow ... Important le téléphone portable en concert. Bref)
Me voilà, guillerette, aux portes du SportPaleis of Antwerpen. Cent soixante bornes, des embouteillages... Il va sans dire que j'attends plutôt impatiemment l'arrivée de Matthew Bellamy et de ses comparses. Qui vont prendre leur temps. Une bonne heure de retard sur l'heure annoncée, mais bon. Ce sont des stars. Et les stars, ça se fait désirer. Ok. Je trompe l'ennui en observant la foule qui se presse. Pour constater que le public est assez éclectique. De la gamine mal assurée sur ses premiers talons et dans son legging en cuir, au quadra bedonnant t-shirt rentré dans le jean pour faire jeune (le jean, pas le t-shirt rentré hein?).
Tout doucement, le public s'installe. L'atmosphère de la salle est particulière. Est ce du à sa forme ovoide?
Le noir se fait. Sur scène, trois grands écrans retransmettent des silhouettes d'hommes montant et descendant des escaliers. Anton Corbijn (ou son fantôme) serait il passé par là ? Ou bien Bellamy et cie auraient ils fumé un peu trop de Depeche Mode? Visuellement l'influence est évidente. Cela dit, il semble que c'est un des leitmotivs de l'album, laisser apparaître plus que clairement les influences, parfois jusqu'à l'écoeurement ou au ridicule sur certains morceaux. Passons.
Ouverture en grande pompe avec Uprising. Bon choix pour commencer. Les trois sont perchés sur des plateaux élévateurs avec écrans lumineux. C'est assez dépouillé, mais pourquoi pas. Matthew, qui aurait pu faire un effort de tenue (sa mère ne lui a pas dit " mais tu vas pas sortir comme ça quand même?") à gauche, le batteur au centre, et le bassiste qui... Oh mon dieu, j'avais jamais remarqué ce qu'il peut ressembler à Vince Vaughn celui là, c'est dingue,,ils sont peut être frères. Enfin bref, lui, il est à droite. Toute à ma comparaison sur les regards plus ou moins bovins de V.V et de notre bassiste, voilà t'y pas qu'Uprising est terminé. On enchaîne. La salle reste bizarrement amorphe. Un peu comme le regard de "Vince". Il gratouille, mais le coeur n'y est pas. Le batteur ne s'en sort pas mieux, et après avoir été mou du genou sur les deux premières chansons, le voilà carrément à la rue sur la troisième.
Départ chaotique dirons nous, et il faudra bien plus que de ressortir les vieilles casseroles que sont Supermassive Black Hole ou Plug In Baby (qui non, n'est pas du tout comme on pourrait le croire une chanson vantant les mérites de certains types de jouets pour adultes) pour réveiller une assistance qui a l'air de se demander où elle est. Et surtout pourquoi on lui fait ça. Le gros problème de Muse, c'est qu'on s'attend à la grosse machine, au gros son, à s'en prendre plein les yeux. Et les oreilles. Et que là, c'est un peu comme si des fans de Johnny s'étaient retrouvés à un concert de Dick Rivers souffrant de H1N1. Le rock, c'est carré ou c'est rien. A partir du moment où on est un peu en dessous, ça fait très vite post-ados attardés fans de Tokyo Hotel et des BB Brunes. Voire des ersatz de Zac Efron.
Ce ne sont pas les jeux de lumière dignes d'un Jean Michel Jarre en plein bad trip qui leur sauveront la mise ( même si les gros lasers verts dans les yeux, ça a une fâcheuse tendance à avoir comme une sorte de pouvoir hypnotique).
Au delà des approximations musicales, ce qui manquait vraiment c'est de la cohérence et de la cohésion. Cohésion, car chacun des membres du groupe donnait l'impression de jouer dans son coin. Et pour lui seul. A aucun moment, ils ne sont allés chercher le public. Ils n'en ont pas vraiment eu les moyens non plus. La mise en scène particulière des plateaux forçant à respecter un certain espace, le piano peu accessible impliquant d'y rester pour plusieurs morceaux, avachissant les spectateurs dans des morceaux trop lents et trop longs trop longtemps. Et ce ne sont pas les sauts épileptiques du chanteur , sauts qui s'apparentent toujours à ceux d'un cabri qui auraient pris des trucs pas nets. Vraiment pas nets.
Et puis la cohérence. The Resistance est un album très particulier. Ou Matt Bellamy laisse libre cours à son amour des mélodies limites grandiloquentes,(quelqu'un qui appelle un morceau exogénésis part one peut pas être totalement clean. ) et à sa voix souvent comparée à celle de Freddie Mercury. Sans pourtant aller au bout de son trip.
Parce que s'il se lâchait vraiment, on pourrait imaginer une version symphonique du même concert, avec violons, et tutti quanti. Quitte à vouloir aller dans le mélodique, autant assumer jusqu'au bout.
Là, c'est un peu comme si André Rieu rencontrait Rammstein. Dans un Quick. Personne n'est à l'aise. Et c'est bien dommage. Parce que la matière est là. Elle est juste mal façonnée.
Comme quoi, ce concert de Muse, c'est un peu un mec canon, drôle et sexy qui te propose de te prendre sauvagement sur le lavabo et puis qui passe trois plombes en préliminaires pas toujours efficaces. Tu t'ennuies vaguement, tu as des sursauts d'espoir. Des fois tu crois que l'orgasme n' est pas loin. Et puis en fait non. Mais ce reste un souvenir agréable. C'est toujours mieux que Derrick.
Loin d'être inspirant, ou inspiré, Muse aurait pu plus puiser du côté des muscles et moins du museum.
By Sand
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