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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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La Cédille

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"Et j'emmerde les Cédilles. Toutes des putes."

La réception de ce sms est la genèse de ma réflexion sur la cédille.

Ce nom (pas si) commun est indéniablement féminin.
Dans la forme du mot déjà. Mais également dans la forme de ce drôle de signe. Ce drôle de cygne suspendu juste sous l'horizon.
La cédille est le leste du funambule sur la ligne. Elle équilibre le "c" trop rond sur la corde, l'empêche de rouler, sans l'empêcher de se balancer.
Elle stabilise sans entraver sa liberté.
Si elle se trace sur la feuille en une anglaise faite de pleins et de déliés, la cédille devient plus qu'un maladroit "5" de cahier d'écriture : son arabesque s'enroule sur la langue, le "glaçon" et l'"aperçu" se font sensuels.
Quand les lettres se dressent en une géométrie millimétrée et se font œuvre d'art, s'arcant en une Garamond empattée ou s'élançant en une Helvetica linéales, la cédille est un grain de beauté sur la joue. Elle souligne discrètement sa française singularité. Elle est le détail qui rend la tenue reconnaissable. Particulière.

Mais la forme de "cédille" est à la fois en accord et en désaccord avec la forme de "ç".

"Cédille" n'en comporte aucune.
Je me retiens de déroger à cette triste règle du "e" qui suit le "c".
"Çédille" ! Voilà qui serait plus plaisant à l'œil !
Oubliez cette "anomalie", écoutez comme le mot est beau. La main gantée d'Audrey Hepburn retracée à l'encre de Chine.
La "cédille" est grâce sans être futilité.
Le stylo sur le cahier n'écrit pas. Il dessine le double "l" et le "e" accentué comme il dessinerait la chute de rein et la courbe des cils, qui définissent l'universelle femme sans en préciser aucune.
A l'oreille, "cédille" flotte comme le parfum léger derrière la silhouette embrumée. Le mot n'est abrupte ni dans sa naissance ni dans sa fin. Il glisse, file, doucement, mais sans s'arrêter.
"Cédille" est à la fois enroulé et vaporisé.

Sans elle, vos mots deviennent cassants, stridants, dénaturés.
Je suis amoureuse de la cédille comme je le suis des accents et de l'esperluette.

Comprenez alors que les mails de Sand et Spleen-Sans-Idéal martyrisent ma maniaquerie typographique ! N'allez pas leur trouver l'excuse d'un quelconque clavier qwerty : ils s'en fichent, tout simplement. * larmes de désespoir *
Je me pince alors les lèvres, essuie ma joue et ajoute accents et cédilles un à un comme je soignerais les égratignures de mon aimée.

Non ce billet n'est pas un effet de style.
Non je ne suis pas tout à fait barge.

Mais cette Ôde à la Cédille était un peu trop longue pour que je l'envoie en réponse au sms qui a déclenché cette réflexion.

Nem à Sand & Spleen.

 

Mots : Zan'
Image : Kossumi

Commentaires
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Spleen sans idéal 19-01-2011 01:45:06

Article magnifique .
J'aime ton style, c'est liant, délié, ca a du chien, il faut bien l'avouer

MAIS

J'emmerde toujours les cédilles ^^
Aussi sur que grammaticalement je comprends l'intérêt de cette crotte au cul du C ( dont le croissant parfait se retrouve mutilé ) , aussi certain que deteste poser ce truc sur ma prose. Je sais qu'il est là. J'ai juste pas envie de le mettre. J'aime pas Ca ^^
sand 19-01-2011 22:42:16

j'aime ce texte... Et c'est pas vrai que je mets pas de cédilles...

Enfin.
Bon. Un peu.

Mais c'est pas moi, c'est à cause de Jules.
MissMadame Zan 20-01-2011 00:52:55

Cette jeunesse ne respecte donc vraiment rien ! Vandales !!!
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Auteur de cette article : Kossumi+Zan'
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