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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Une photo, une histoire

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En 1993, après plusieurs coups d'état, la guerre civile ravage le Soudan opposant les partis révolutionnaires animistes du Sud au gouvernement islamiste du Nord. Les populations fuient les combats et se déplacent en masse vers les pays frontaliers (Ethiopie, Egypte, etc...) ou vers les zones désertiques. L'aide internationale peinant à arriver, le pays sombre, peu à peu, dans le chaos et la population civile se meurt de faim dans l'indifférence générale.

Prise par Kévin Carter, cette photographie, "Le vautour et l'enfant",  montre une petite fille, affaiblie et amaigrie, se dirigeant vers un centre de ravitaillement suivie de près par un vautour.

Elle a été publiée par le New York Times, puis reprise par les journaux du monde entier, et aussitôt, le journal reçu une avalanche de courriers s'inquiétant du sort de l'enfant. Après avoir pris plusieurs clichés, Kévin Carter chassa le vautour, mais il n'a jamais su si l'enfant été parvenu au centre de ravitaillement, ce qui déclencha la colère de bon nombre de lecteurs qui allèrent jusqu'à harceler Kévin Carter et à l'assimiler lui-même à un vautour "chasseur d'images".

La photo reçu cependant le prix Pulitzer, en avril 1994.

Né en 1960 à Johannesburg, Kévin Carter s'est engagé dans une lutte contre l'apartheid, dénonçant principalement leurs crimes et les exactions commises, ce qui fit peser sur lui d'incessantes menaces de mort.

Affaibli par les vives critiques déclenchées par la remise du prix Pulitzer et part l'assassinat de son ami Ken Oosterbroek exécuté par la milice et avec qui il avait fondé, entre autres, le Bang Bang Club, il décida de mettre fin à jours.

Dans une lettre, il expliqua que les images de violence dans son pays, la famine, et la souffrance le hantaient constamment...

Cette photo, ce n'est pas seulement l'horreur, le désespoir c'est un condensé de toutes les émotions qu'un être humain peut éprouver : la douleur, la colère, la rage, l'impuissance...

By Sonia qui remercie Sand pour ses corrections

Photo trouvée ici

Commentaires
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pour commencer la journée
Belam 29-04-2009 08:30:09

c'est idéal...
non je rigole!

La question du statut du photographe et du reporter m'a toujours interessé. Ou se situe la frontiere entre un métier qui demande observation et "neutralité" et l' humanité qui prend le dessus ?

Qu'est il censé faire ? Par respect , ne pas prendre cette photo ? Et le monde ne sait pas. Où prend il cette photo avant d'eventuellement faire quelque chose ? Et la hierarchie des priorités va au témoignage en prenant le risque qu'il arrive quelque chose à la gamine ?

J'ai pas de réponse. Heureusement qu'ils sont là mais j'aimerai pas etre à leur place. Certaines nuits, il ne doit pas etre aisé de dormir en paix.

Et si ? Et si Kevin Carter avait ramassé la gamine et l'avait ramené, le monde aurait été sur ?

Compliqué. Et suicidaire...
sand 29-04-2009 08:43:26

Petit message personnel, et note de service intra-Voldemag... Je kiffe trop les dédicaces, Sonia, t'es une déesse...
La parenthèse bisounours terminée

J'ai toujours le même souci avec ces photos là:
-un : la position du photographe/cameraman, témoin de l'horreur... Comme dit Bellâm, c'est troublant parce que qu'est ce qui vaut mieux? savoir grâce à un témoignage, ou pas...
-deux: la dimension voyeuriste et dérangeante, même à notre insu... Des photos comme ça, on les prend en pleine poire... ça chipote, ça retourne, ça fout les boules et les nausées

Et c'est ptet pour ça que c'est nécessaire... pour pousser à agir? à réagir?
Sonia 29-04-2009 09:03:21

C'est l'un des grands axes de cette exposition : dans certains cas, le photographe doit-il intervenir au risque (même si dans ce cas il est minime) d'y laisser sa vie ou doit-il simplement se contenter de dénoncer ce qu'il voit ? Etre témoin de l'histoire ou en devenir un des acteurs majeurs au risque de la modifier...
Le Bang Bang Club s'est illustré dans les images "chocs" de combats inter ethnies en Afrique du Sud.
Certaines sont horribles, mais leur existence est un témoignage fort.
Et dans ce cas précis, cette photo à réveillée la conscience occidentale puisque peu de temps après sa publication, l'aide internationale déployait des structures au Soudan...
Angelina 29-04-2009 12:40:57

Personnellement, et vos avis me confortent dans cette idée, je pense que le photographe, le journaliste doivent être des témoins impartiaux. Ils doivent dire, rapporter fidèlement ce qui se passe avant même de dénoncer, avant d'émettre un jugement.

Après il y a l'humanité : l'humanité c'est le combat d'Anna Politkovskaïa qui se sentait responsable des gens qui avaient témoigné dans ses articles et qui se sont fait assassinés par la suite. Anna Politkovskaïa qui a témoigné à des procès, qui s'était investie dans un combat. Par exemple.

Et quand bien même Kevin Carter aurait sauvé cette petite fille, notre conscience aurait été soulagée (?) Difficile de regarder l'insupportable en face. C'est pourtant ce que font ces gens.
Pandora 29-04-2009 15:06:09

Elle est terrible cette photo...
Et merci pour le texte qui l'accompagne et qui est lui aussi matière à réflexion...
Pandora
Sonia 29-04-2009 20:16:14

Merci.
Dans cette exposition, il y a des photos vraiment morbides, sanguinolentes, curieusement, je trouve que celle-ci est nettement plus violente, marquante.
Elle me noue l'estomac à chaque fois que je la vois...
Sonia
Dalia Rose 30-04-2009 20:54:57

J'ai souvent vu cette photo, mais je ne connaissais pas son histoire. Elle est terrible, le texte qui l'accompagne également.
Pas besoin de sang pour faire son effet.
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