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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Attente sans fin

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« Toute façon, c’est toujours la même chose ici, on attend toujours… C’est pas des urgences ou quoi ? » Voici un extrait édulcoré, expression de la colère d’une maman. Colère justifiée par une attente trop longue à son humble avis.

Attente que, moi aussi - en tant que professionnelle de santé - je trouve trop longue. Dans l’absolu, je voudrais pouvoir répondre à chaque demande aussi vite qu’il m’est possible de le faire. Laisser attendre des enfants dans des locaux exigus ne m’amuse pas et me choque à chaque fois.

Mais, il y a - hélas - un mais. Si moi je le veux, hélas, je ne peux pas car mon travail ne dépend pas que de moi, j’ai des impératifs.

Laisse-moi t’expliquer : dans mon unité, tu sonnes et j’arrive.

Là, j’ai la casquette d’infirmière d’accueil. Je commence d’abord par un interrogatoire sur le motif de ta consultation, je dois - en un temps réduit - juger si cela relève d’une urgence vitale ou non (oui, je sais que pour tout le monde quand on vient aux urgences c’est forcément pas pour son bon plaisir, mais entre une déshydratation sévère sur tableau de gastro-entérite et une constipation moi je suis dans l’obligation de prioriser !) puis il faut, en plus, que je gère de l’administratif comme ton identité et tes documents attestant de ta couverture sociale. Et c’est du temps de moins pour faire autre chose mais comme nous sommes dans un système de santé comptable je dois le faire pour que survive ce service d’urgence où tu patientes et qui ne reçoit les deniers de l’état que s'il a de l’activité…

Après avoir réglé ces données, je deviens infirmière coordinatrice : je te cherche une salle d’examen pour t’installer ou une salle de réanimation si ton état s’avère relever de l’urgence réelle. Chose qui va se compliquer puisque les salles chez moi ne sont pas extensibles, donc tu risques de patienter là sur le brancard ou dans le couloir sur un fauteuil. Pardon, j’aimerais que tu sois bien installé mais l’affluence ne me le permet pas toujours.

Passé ce cap de la place, je prend tes constantes - entre deux quand même j’ai pris soin de prévenir le pédiatre et l’interne de mon unité - mais eux-aussi je ne peux les doubler à volonté donc tu vas devoir attendre que l’un d'eux se libère de ses consultations en cours pour être ausculté…

Un bilan sanguin et j’accours. Une radiographie ? Me voilà à la merci d’un manipulateur radio qui a lui aussi des contraintes car il n’attend pas que mes appels. Il participe à la prise en charge des urgences adultes et des autres services. Il est tout seul pour son service dès 18 heures alors... entre le scanner du patient de réanimation qui a une aggravation de son état neurologique et la photographie de ta constipation, il nous fait attendre nous et surtout toi… Dans ton malheur, j’ai oublié de te dire que j’ai déjà pas mal de retard pour l’application de la crème Emla® qui a anesthésié l’endroit où je vais devoir te piquer. Oui, je l’ai mise dès que tu es arrivé alors, bah, pendant qu’on attend la radio je te pique. Là par contre, j’ai besoin d’aide alors faut que ma collègue aide-soignante se libère pour m’aider à poser la voie d’abord veineuse parce que tout enfant que tu es, tu vis et t’as pas envie que je te perfuse. Vu qu’on n'est que deux pour tout le service, tandis que nous sommes avec toi, les autres patientent aussi. Ton papa et ta maman sont là, à côté de toi, pendant ce temps. On te chante des chansons. J’essaie sur ce temps d’être là, présente rien que pour toi.

La radio se fait, le bilan est prélevé ! Faudra un peu moins d’une heure pour récupérer les résultats. Bref, trois heures déjà pour toi. Heures que moi je n'aurais pas vu passer parce que je cours tout le temps pour gérer l’affluence, la gestion des demandes des médecins et des examens. Mais, je ne t’ai pas oublié, t’es là aussi dans mes pensées, sur le tableau de planification et sur mon cahier de passages.

Tu reverras le médecin ensuite ; une fois que j’aurais regroupé tous les éléments et en fonction, tu pourras - ou non - retourner chez toi. Après bien sûr au minimum 3 heures de délai, au maximum plus de x heures… C’est inadmissible je le concède. Et rien que de le savoir, je suis choquée.

Là où je vais te faire peut-être hurler, c’est que malgré toute ma bonne volonté je n’ai que deux jambes et deux mains et que si tu hurles sur moi, à part me faire perdre du temps tu ne gagnes rien. Moi non plus d’ailleurs. A part de l’amertume et une petite dose de ras le bol !

Parce que ce jour là, après avoir passé 8 heures dans mon unité et avoir vu 25 passages dans ma journée, ma direction a annoncé à la réunion de mon service qu’on va me supprimer ma collègue aide-soignante. La seule qui m’aidait dans mon travail, qui le rendait plus humain, moins robotisé !

Là, tu vois, tes insultes que je comprends très bien, je sais pas mais elles aggravent mon malaise et j’ai bien envie de la brûler ma tenue et de plus jamais revenir bosser…

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By Millie

Commentaires
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sand 09-03-2009 08:28:29

On a toujours du mal à se situer de l'autre côté, sauf si on a vécu l'expérience. Celui qui s'occupe des autres, pour qui c'est loin d'être évident, qu'on oublie souvent.
Témoignage intéressant, Millie
Psestos 09-03-2009 10:09:55

Sans être dans les situations d'urgence, j'ai bien compris l'aspect timing du travail des personnels soignants en maternité... C'est forcément agaçant côté "patient", mais ça se comprend évidemment, si on connait le contexte. C'est pour ça que les personnels soignants ont raison de crier fort, pour que les patients potentiels ou leurs proches comprennent ce qui se passe et savent à qui balancer leurs reproches. Super témoignage, Millie !
Coloquinte 09-03-2009 10:41:48

bravo pour ton témoignage Millie, tu as raison de dire, et redire tout ça.
Bravo!!
Belam 09-03-2009 16:14:21

d'utilité publique, ce billet. Il faut que nous soyons tous ensemble solidaires. Oui, c'est long. Oui, c'est notre enfant chéri.
Mais il faut toujours raisonner en terme de collectivité. Prafois, c'est agacant mais il n'y a que comme ca qu'on s'en sortira

Tu as tout mon soutien Millie
Rolanda Bibine 09-03-2009 11:21:39

Il faut que chacun d'entre nous se mette à la place des autres ! Et au lieu de gueuler comme des cons après ceux qui font leur boulot, bougeons nous contre ceux qui permettent cette situation : non renouvellement ou suppression des postes, manque de budget, fermeture des lits...
Génial Millie ;-)
L'urgence et mon opinion...
Millie 09-03-2009 16:05:50

L'urgence vitale ou l'urgence ressenti... C'est là toute la difficulté. Que personne ne se méprenne, je suis mère de famille et attendre aux urgences ne m'amuse pas non plus quand je dois y aller pour mon enfant. Surtout que je connais bien les failles du système mais que je n'ai aucun pouvoir dessus.
Ce qui m'est difficile aujourd'hui c'est de savoir que malgré l'explosion de l'activité de mon service, malgré les insatisfactions des usagers liés au manque de personnel la direction supprime encore des postes au nom de l'équilibre budgétaire. Ce qui m'agace, c'est de savoir que les conditions pour les patients vont s'aggraver et de ne pas avoir de moyens de le crier haut et fort... Les gens s'inquiètent de la crise financière et de ses conséquences, inquiétiez vous aussi de votre avenir sanitaire. J'ai peur que l'avenir du soin soit compromis. Ce qui n'est bien sur que mon opinion...
baci 09-03-2009 16:57:25

c'est "rigolo", pas les mêmes mots mais exactement, exactement le même ressenti que ma mère, infirmière elle aussi, quand elle nous raconte son boulot.
et ce depuis 30 ans et quel que soit le service...
Vieillam 09-03-2009 20:24:35

tu m'étonnes que tu aies juste envie de brûler ta tenue d'infirmière ! Non seulement c'est déjà le bordel, mais en plus on réduit les effectifs en deça du raisonnable…
  Doctor Z 09-03-2009 21:56:03

Quand on pense qu'on renvoie une mamie de 80 ans chez elle à 4h du matin simplement parce qu'il n'y a pas de place à l' écho doppler, alors que celle-ci à un mollet brulant et rouge, tendu comme pas deux... Et le lendemain quand cette même petite grand mère revient avec une embolie pulmonaire confirmée, on se pose la question de savoir pourquoi on l'a pas vu avant...

En tant qu' infirmier, je partage à 100% ton avis Millie. L'hôpital devient un marché, et avec lui le soin et le patient se matérialisent également. L'hôpital du future? une machine à fric tamponnant de son mieux pour combler le déficit financier ; et l'homme dans tout ça...

Tu n'as pas d'argent? Fallait pas être malade mon pote...
Alecto 09-03-2009 22:28:23

Pour avoir vécu la situation des deux côtés, je rejoins totalement le point de vue de Millie...
C'est une catastrophe qui va en s'aggravant.
Mais il faut aussi souligner que les gens paniquent pour un rien et qu'il faudrait aussi "éduquer" un peu les gens aux urgences, en optant par exemple pour un brevet de premiers secours avec quelques cours...
Mais ça, c'est un peu de l'ordre de la fiction...
Pomme 09-03-2009 23:48:03

Ajoutons à cela ceux qui se pointent aux urgences avec un petit bobo ...

J'amenais mon fils qui devait avoir une luxation de la hanche et je vois arriver juste avant moi, à pied, une mère et son gamin. La mère annonce que le gamin a mal au pied...
Il a eu droit au dernier fauteuil roulant et mon fils qui doit peser une tonne quand il a mal, à mes frêles épaules !

Quand les obsédés des bobos commenceront par regarder ailleurs que leur nombril, vous les infirmiers ou urgentistes pourrez peut être souffler aussi un peu !

Et je ne peux m'empêcher de vous plaindre et vous admirer, vous tous dans les milieux hospitaliers de vivre à 200 à l'heure !
Chagas 10-03-2009 11:24:43

De l'avis de Pomme et Alecto. C'est un peu aux parents de faire la part des choses. Et surtout de s'occuper de leur gamin.
J'ai un souvenir très ... doux (?) d'un passage aux urgences avec mon fiston. Pour une fracture. Ca à duré 3 heures, ça a été long.
On a beaucoup rigolé ...
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