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Des chiens en prison ?

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Un sujet, des points de vue. Les rédac chefs sont réunis autour d'un projet commun mais n'appréhendent pas la vie de la même façon. Confrontons-les. Cette semaine, la "pub" de l'OIP.

SONIA :

L'Observatoire International des Prisons (OIP) part de nouveau en croisade et dénonce, dans une nouvelle campagne délibérément provocatrice les conditions de détention en France.
Condamnée à de très nombreuses reprises par la Cour Européenne des Droits de l'Homme, rien ne semble pourtant bouger et on peut considérer qu'aujourd'hui encore les conditions de détention constituent une atteinte à la dignité humaine.

Un détenu incarcéré est non seulement privé de liberté, mais aussi de quelques droits élémentaires et indispensables tels que l'intimité, l'hygiène, la liberté, les soins, la nourriture, et j'en passe ! A travers cette campagne, l'OIP fait un appel aux dons afin d'améliorer le confort en détention, pour tous ces détenus qui, bien qu'étant des délinquants, restent avant tout des êtres humains !

Sans argent, la survie en détention s'avère très difficile car contrairement aux idées reçues, la pénitentiaire, ne fournit que le strict minimum : une savonnette (qui n'en a que le nom) par mois, un rouleau de papier toilette par semaine, sans oublier la redevance pour avoir le droit de regarder la télévision.

Je me demande simplement si l'incarcération doit être systématique et la seule réponse à donner à chaque délinquant : doit-on traiter de la même manière un pédophile, un assassin et un simple voleur à l'étalage ?

Sans oublier le regard que porte notre société sur ces individus : rares sont les entreprises qui acceptent d'embaucher d'anciens détenus ! Il est donc particulièrement difficile de se réinsérer, de nouer des liens dans une société qui vous stigmatise et vous rejette...

Et, malheureusement, aucun don ne pourra changer cela !

 

BELÂM :

C'est le matin, je file au boulot, je descends l'escalator et je la vois. L'affiche. Je me suis arrêtée pour la lire. Bien en face. Avec cet homme qui me regarde et dont on parle comme un chien pour interpeller sur un sujet qui n'intéresse personne. Enfin, si, une fois par an pour se donner bonne conscience mais évidemment, quand on liste ses priorités, on préfère donner à "Médecins du monde " pour sauver des enfants.

Et pourtant.

Une société qui donne des leçons au monde entier sur la façon de se conduire, ne peut pas non plus être condamnée à plusieurs reprises pour la manière dont elle traite ses prisonniers. Il faudrait qu'elle se taise alors. Une société digne de ce nom doit accompagner ceux qui ont transgressé la loi, et ce à n'importe quel degré. La majorité ressort. Il est dans l'intérêt de tous qu'ils entrevoient une porte de sortie sereinement. Et ça ne peut pas se faire dans une cellule de 4m2 à 6. Ca ne peut pas se faire en bafouant leurs droits.

La France est la patrie des droits de l'homme. De tous les hommes. Du sang sur les mains, un homme fait encore partie de notre espèce. Ce n'est pas un animal.

Traiter des êtres humains de cette façon-là est un crime contre l'humanité. Leur humanité. Ce qu'il en reste. Ce qui reste à sauver justement.

 

SAND :

"Maman pourquoi il est assis par terre le Monsieur"
"Parce qu'il n'a pas de maison. Ni de travail. Alors il attend mon cœur "
"Il attend quoi ?"
"Le soir.  Essayer de trouver un endroit ou dormir. Manger. Se réchauffer. "
"Et son chien maman ? Il a froid aussi?"
"Son chien c'est pour pas être tout seul dans le froid chéri. C'est un moyen d'être un peu encore en vie de ne pas être tout seul "
"Je vais lui donner mon sou. Et un bonbon. Je peux caresser le chien?"

Échange de regards entre l'homme a terre et mon tout petit bonhomme de 4 ans. Si grand déjà.  Sourires.

Cette publicité est choquante. Mais plus que ce qu'il se passe quand un gosse est confronté de plein fouet a la misère sociale ? Je n'en sais rien. Ce que je sais c'est que je continuerai à faire ces petits gestes. Et que sensibiliser par tous les moyens possibles reste un moyen pour que l'action devienne un geste possible. Voire normal.

 

ROLANDA BIBINE :

Ce qui m'a choquée n'est pas tant le slogan, puisqu'il faut être sourd, aveugle ou s'en foutre royalement, pour ne pas savoir que les conditions de détentions sont abominables, que le fait de découvrir que l'état français fait tellement mal son boulot qu'encore une fois, on en appelle aux dons de la population ! Hallucinant ! Révoltant ! C'est son rôle d'assurer le respect de la dignité humaine dans les lieux de détention. Parce que je reste convaincue que la privation de liberté est à elle seule suffisante pour sanctionner un délit, je vais faire un don qui va permettre je l'espère de rendre un peu de dignité à ces détenus.

 

BACI :

On est abreuvé d'affiches et de demandes de dons aussi. En général donc, j'avance en pilote automatique et ne remarque rien. Mais là quand même, le slogan me gifle. La comparaison de cet homme à un chien me paraît vraiment insolente. Pas insultante, parce que je ne ressens pas de mépris vis-à-vis du détenu, mais très violente.

Si j'entends bien que les gens ont voulu nous dire « vous donnez une tonne à la SPA pourquoi est-ce que ça ne vous choque même pas que des hommes soient incarcérés dans des conditions humiliantes ? » je me dis immédiatement que tout le monde n'aura pas le même recul. Et un graffiti posé là le lendemain me donne raison : « je trouve scandaleux qu'on compare un prisonnier à un animal. » Voila. Une fois de plus, on atteint les limites d'une communication trop directe dans une société où le bien-pensant est roi et où même les causes à défendre doivent dégouliner de bons sentiments, de barbapapa et de guimauve. Mais qui a volé le second degré et le recul, le sens de l'humour et l'intelligence ?

Sur moi, ça a marché en tout cas. Je suis mal à l'aise chaque fois que je passe devant l'affiche et surtout, je continue à y penser même après. Peut-être parce que c'est moi la cible et que ce mode de pensée est aussi le mien. Je suis effectivement choquée à l'idée que la cause des bébés phoques et de la chasse à la palombe émeuve plus que le sort des hommes. Mais je ne suis pas étonnée : c'est tellement plus facile de donner un os à un chien que d'affronter le regard de cet homme, symbole douloureux de l'échec de la société dans laquelle nous évoluons.

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by collectif

Commentaires
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Spleen sans idéal 14-01-2010 12:18:37

Ca fait longtemps que je suis au courant des conditions de detention en France ( mauvaise manie de toujours brocarder les contradiction de notre beau pays ) . Et ca fait un moment que je me dis la meme chose : la france est un pays de fous. Le monde occidental est totalement séquellé. Comment trouver normal que des gens puissent payer un comportementaliste animal et raler quand on leur demande un peu pour des misereux, des taulards ou des enfants en difficulté. Et c'est un truc qui m'a toujours choqué. Les gens n'ont aucun probleme à acheter de la patée pour chat à 3.50 la portion journaliere, alors que donner à un etre humain leur parait une corvée. C'est peut etre parce que j'ai toujours eu une relation bizarre avec les clodos ( ils me parlent si souvent que je finis par me dire que je fais partie de leur caste ), mais ca m'a toujours paru bizarre. Je ne suis pas contre la spa, loin de là ( je trouve que les conditions de pas mal d'animaux sont revoltantes, voire repugnantes). Je me dis juste que c'est bizarre qu'aujourd'hui, les animaux aient plus de place dans une société que les simples pauvres. Quand je vois les membres de la péta qui passent leurs temps à ( faut le dire ) faire chier le monde à propos des gens qui mangent de la viande , ils feraient mieux d'aller faire autre chose ( meme si je respecte leur combat contre la fourrure, j'arrive pas à comprendre pourquoi on s'habille avec des betes mortes ) .
En tout cas, cette affiche m'a fait l'effet recherché : elle ne m'a pas choqué, mais elle m'a fait tilter. Et me poser des questions
4,5
Belam 14-01-2010 12:23:35

milliards d'euros dépensés pour les animaux chaque année en France...

Imaginez ce qu'on pourrait faire avec ce pognon dans les prisons.
zanflygal 15-01-2010 01:24:43

j'avais prévu un paragraphe similaire à celui de Baci sur le "mode automatique" et la "grosse baffe" de l'excellente accroche, un paragraphe très similaire à celui de Rolanda Bibine, et un 3e d'un simple point de vue de graphiste: campagne très efficace.

Bon du coup que je suis au fond de mon lit en train de morfler, je me connecte tout de même parce que vraiment le thème me tient à cœur :
Oui, Spleen & Belâm, les chiffres sont édifiants et l'attitude des "gens" est désolante...
Mais que fait l'état? est il normal qu'il se repose chaque fois sur la générosité des gens pour assurer aux prisonniers la décence dont ils devraient logiquement bénéficier ?

bon je retourne dans mon oreiller, mon crâne hurle.
(désolée si la logique manque: fièvre)
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