
Où un gars qui n'aime pas le football parlera du naufrage d'une nation. Je n'aimais pas le foot quand j'étais petit. Ni en 1998 quand on a gagné, ni en 2002...
Où un gars qui n'aime pas le football parlera du naufrage d'une nation.
Je n'aimais pas le foot quand j'étais petit. Ni en 1998 quand on a gagné, ni en 2002 quand on a perdu, et grandir n'a rien changé quand en 2006, la France se fit éliminer en finale après un geste dégueulasse.
Aujourd'hui, on est en 2010, et je n'aime toujours pas le foot. Et c'est précisément parce que je n'aime pas le foot que j'ai répondu à l'appel de Sand. Plus exactement, je n'aime pas le monde du football. Le spectacle d'un beau match ou une partie de tape-ballon entre ami(e)s restant du domaine de l'agréable et du légal.
On ne s'attardera pas sur les piètres résultats des bleus. Tout juste, rappelons qu'ils sont dûs (au moins en partie) au manque de cohésion qui définit cette équipe. L'histoire qui nous intéresse commence jeudi dernier, pendant un France-Mexique pathétique. Dans le jeu des français, tout est mauvais, et à la mi-temps, Raymond D se fâche. Or, Nicolas A n'aime pas se faire engueuler. Il a l'égo d'un aîné, un certain Éric C, mais malheureusement pour lui, n'en a ni la classe ni le génie. Comme lui, il s'énerve facilement, et là, il lâche le mot de trop, proposant à Raymond D d'«[aller se] faire enculer», et émettant au passage des doutes sur la vertu de la mère ce celui-ci. Et s'il n'a pas tenu de tels propos, si cette engueulade n'a pas eu lieu, c'est en tout cas ce que le quotidien hautement politique L'Équipe rapportera dans son édition du lendemain.
Sans réelle surprise, le Samedi Nicolas A se retrouve éjecté du groupe des bleus, dans lequel il peine depuis plusieurs années à rentrer (pour les mêmes raisons...). Son capitaine et coéquipier donnera alors une conférence de presse en compagnie du grand patron de la FFF. Une conférence curieuse, où il affirmera d'une part, que l'attitude de Nicolas A est inadmissible et d'autre part que tous les joueurs sans exception le soutiennent et regrettent son éviction. Oh ? Schizophrénie ou bien ?
Ou bien rien du tout, la suite le prouvera. Ce constat d'inadmissibilité n'est rien d'autre que des paroles jetées en l'air, pour sauvegarder les apparences, parce qu'il a conscience que ce qu'il s'apprête à faire, c'est mal. Le Dimanche, après un accrochage entre le capitaine et le préparateur physique des bleus, toute l'équipe regagne le car avant même d'avoir commencé l'entrainement. Et là, stupeur, ils n'ont pas leurs crampons. Car ils savaient, avant même d'arriver à l'entrainement, qu'il n'y en aurait pas. Et de fait, les joueurs envoient Raymond D lire un communiqué et le livrent en pâture à la presse. Eux qui en 2008 lui exprimaient soit-disant tout leur soutien, le sacrifient à présent, pour montrer que ce sélectionneur là, ils n'en veulent plus, qu'il pue et que les patrons, c'est eux. Jean-Louis V, cadre de la fédé, ne s'y trompe pas: se disant écœuré par l'attitude de sales gosses de ces joueurs, il flanque en l'air sa position, et annonce, au bord des larmes, sa démission ainsi que son retour à Paname. Parce que les joueurs ont littéralement lynché leur coach, parce qu'ils se sont comportés en maitres, quand il ne sont que des employés, il parlera de «scandale». Et si ce terme est peut être trop fort, il est néanmoins adapté.
Il y a cependant une chose que j'avais déjà faite le dimanche quand j'ai commencé à rédiger cet article. Plus qu'une chose, disons un parallèle. Un parallèle que je ne suis pas le seul à avoir fait visiblement, puisqu'un certain Stéphane G, humoriste et chroniqueur sur France Inter, le fera lui aussi, dans sa chronique du Lundi matin. Ce parallèle est simple: il n'y a pas que l'équipe de France de football qui confond droits et privilèges, il n'y a pas que l'équipe de France qui s'assoit sur ses devoirs, qu'ils soient légaux ou moraux. Dans un registre un peu moins vert peut être, un autre Nicolas ordonnait à un agriculteur de s'en aller, exprimant au passage des doutes sur sa richesse et son intelligence. Les mots exacts étaient «Casse toi alors, pauvre con» si ma mémoire ne me fait pas défaut. Ce même Nicolas S proposait à un pêcheur qui l'interpellait depuis l'étage d'un bâtiment, de venir lui répéter des paroles (qu'il avait sûrement mal entendues). Il avait alors dit «Descend un peu le dire ! Descend !» dans l'intention manifeste de régler leur différend entre hommes, à l'ancienne. D'autant plus ironique que Nicolas S était alors entouré de ses gardes du corps. Pour étayer son parallèle, Stéphane G insistait sur la corruption et l'indélicatesse qui règnent aujourd'hui en maitresses sur le gouvernement mis en place par Nicolas S.
Quand nos dirigeants volent et pillent l'État (lire à ce sujet le Canard Enchaîné), qu'ils oublient toute tenue et toute réserve, quand nos héros sportifs se déchainent sur le terrain devant des dizaines de milliers de spectateurs et des dizaines (des centaines ?) de millions de téléspectateurs (si si, rappelle-toi, le geste dégueulasse dont je parlais au début de l'article), quand ils oublient tout fairplay en bafouant les règles, les seconds pour se qualifier pour un mondial (big up à toi Thierry H !), et les premiers pour se faire ré-élire, quand ils oublient toute dignité, invoquant une agression raciste pour faire passer la pilule d'une mauvaise cuite (Là, le fan de rugby que je suis est peiné de rappeler à ton souvenir l'histoire Néo-Zélandaise d'un certain Bastareaud qui n'eût pas honte de salir le pays qui lui offrait l'hospitalité le temps d'un match), quand nos idoles se comportent comme des enfants en envoyant chier leurs employeurs, oubliant par la même que s'ils ont le privilège (retenez ça: le privilège, pas le droit) d'être des idoles, c'est grâce à ces même employeurs qui les payent grassement, je ne m'étonne pas que dans nos cités, nos banlieues, des jeunes désœuvrés, déjà passés en pertes et profits par les autorités, brûlent des voitures, se livrent à divers trafics, en bref: bafouent l'autorité de l'État, pour au final, n'essayer que de sortir la tête de la merde dans laquelle on tente de les noyer.
Et quand un certain Finkielkraut voit dans l'attitude de nos idoles une conséquence de cet «esprit caillera» qu'il dénonce, je regarde, moi, ces faits dans le sens inverse plutôt. Car quel exemple nous montrent-ils finalement, sinon qu'emmerder le monde est la clef du succès ? De plus, contrairement à ce même Finkielkraut je vois, moi, un lien clair entre l'attitude de nos idoles sportives et celle de nos dirigeants, sinon dans la source, au moins dans leurs conséquences respectives.

By Tonio ReinesHerz
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