Homo serpillus?
Vendredi, 19 Mars 2010 00:00
sand
Un homme n'est génétiquement pas programmé pour effectuer les tâches ménagères. C'est une étude rigoureusement scientifique menée par moi et moi même. Nous n'avons pas toujours été d'accord, mais après moult discussions, nous sommes parvenus à la conclusion irrévocable qui est celle ci: L'homme est strictement empêché d'être une bonne ménagère.
Ce n'est pas parce que les magazines tendent à nous vendre l'image d'un homme qui enfile des gants de vaisselle avant de frotter avec vigueur, virilité mais néanmoins efficacité ladite vaisselle que c'est possible dans la vraie vie.
Étudions quelques cas pratiques, car je sens le scepticisme poindre ( c'est un joli verbe qu'on utilise trop peu, réhabilitons le)
Cas n°1: La vaisselle
Mise en situation: l'homme perclus de bonne volonté, (ou pliant sous un harcèlement quotidien) se décide à faire la vaisselle. C'est d'un pas viril qu'il pénètre dans la cuisine, empoigne une éponge et fait couler l'eau. Quand lui vient en mémoire une image de sa maman préservant ses blanches mains dans des gants en latex. Moitié en matière d'hommage, moitié pour préserver la relative douceur de ses mains (j'ai bien écrit relative oui. La génétique dote souvent les hommes de bouts de doigts en peau de rhinoféroce, allez comprendre pourquoi...). Il sait le gredin que bouts de doigts vélin, réussite du câlin. Donc il fait gaffe. Sauf que.
La génétique l'a doté de mains hors dimension. Plutôt dirons nous qui passent partout sauf où elles devraient rentrer présentement, c'est à dire dans ces fichus gants roses. Un index passe, puis le pouce ... Jurons, étirement improbable, rien n'y fait. Dans la douleur, et parfois jusqu'à la déchirure, il finit par jeter le gant. Il jetterait bien l'éponge mais ça foutrait de l'eau partout par terre (et faut pas déconner, déjà qu'il fait la vaisselle, il va pas EN PLUS passer la serpillère. Admirons son côté pratique).
Comme il est quand même relativement décidé à faire quelque chose, il brave le danger , plonge ses mains nues dans l'eau savonneuse et expose sa peau aux asséchements cutanés. Se saississant de l'éponge, la tordant sans ménagement, il approche son bassin de l'évier dans une configuration d'esprit pratique toujours (loin de l'évier, plus de gouttes à déplorer) , et constate le drame.
L'homme est GRAND. Plus grand. C'est génétique encore une fois, un héritage de lointaines chasses au mammouth. Ca la foutait mal quand l'homme faisait 1m35 c'est vrai, faut comprendre. Le mammouth il rigolait sa race-pas-encore-en-extinction quoi (moralité:te fous pas d'un pygmée, dans 12 générations il te foutra ta pâtée) . Donc l'homme est grand. Et l'évier est bas, trop bas. Bientôt, les premières douleurs le saisisse, et l'homme courageux se voit terrassé par un mal de dos pervers.
Conclusion: l'homme s'est bousillé les mains, le dos. Et on n'est même pas sûr que la vaisselle soit propre. Vous avez déjà essayé vous de faire quelque chose de bien en souffrant le martyre vous?
Cas n°2: Le linge
Mise en situation: L'homme se rend dans la buanderie, ou dans la cuisine, ou la salle de bain, bref à tout endroit où il lui semble un jour avoir déposé un combo d'appareils électriques qui pesaient une tonne et qu'on lui a fait déplacer 12 fois environ " Si plus à droite, attends non à gauche, oui ça va. En fait non, ça va pas du tout, regarde l'ouverture du séchoir, il faut absolument le placer de l'autre côté, merci t'es un amour. Attends. TU trouves pas que si on se place d'un point de vue esthétique ce serait mieux à droite? Ah non en fait. Ben remets le à gauche. Ouais. Comme on l'avait mis au départ.". Depuis ce jour (et la lombalgie qui l'a accompagné), l'homme s'est tenu prudemment éloigné. Seulement aujourd'hui il l'a décidé. Il va faire du linge.
Il n'a pas pris en compte une donnée essentielle: il ne sait pas plier les genoux. Encore une fois, la génétique ! L'homme qui se baisse JAMAIS ne plie les genoux. Il doit avoir une sorte de mécanisme réflexe complexe qui induit un blocage verrouillage des genoux en même temps qu'il se penche. Et tant va l'homme au lave-linge qu'à la fin il se casse le dos.
Comme il est très courageux, il continue bravement sa mission. Et c'est souffrant et gémissant qu'on le retrouve au triage des chaussettes.
Las. L'homme a une mémoire visuelle approximative. Et courte. Pas plus de 10 secondes et puis pfiut, oublié. Va faire des paires comme ça: une entreprise insurmontable. C'est ainsi que l'on se retrouve un jour à porter un bas brun avec un liseré bleu et un bas bleu avec un liseré brun.
Conclusion: Le dos fragile et la fonction bloque-genoux ainsi que le défaut de mémoire visuelle rendent l'activité linge extrêmement compliquée.
Cas n°3: le ménage
Mise en situation: L'homme a bien compris que s'il marche sur un sol qui ne crisse pas sous ses pas, c'est grâce à l'aspirateur. Qu'il a décidé d'apprivoiser. Brancher la prise ne pose pas de problèmes particulier. C'est au moment où l'homme s'arme de son tuyau (celui de l'aspirateur, hein. Ce n'est pas un papier cul, on se tient bien ici) que le souci sourd. Le rapport pied hanche de l'homme est largement supérieur au rapport longueur du manche-brosse d'aspiration. Pour ceux qui ne seraient pas doués en mathématiques, j'explique: c'est tout cacaboudin.
L'homme doit adopter une posture mi-penchée qui est non seulement ridicule mais aussi inconfortable. Il pourrait plier les genoux? Que nenni ! Et le bloque-genoux alors? Impossible. Autre tracas: l'usage et le maniement de la brosse requièrent une souplesse du poignet non négligeable. Hors l'homme, possède des poignets plutôt résistant, préhensibles mais assez peu mobile (sauf dans certaines situations, et encore, il semblerait que les mouvements soient assez limités dans leur amplitude). Donc, puisque ça lui est physiquement refusé l'homme, qui n'est pas la moitié d'un con (ha ha) enlève la brosse. On s'en passera.
Conclusion: L'homme gémit dans le salon, terrassé définitivement par un lumbago terrifiant. Et la maison est aspirée façon zèbre. On voit les efforts de l'homme. Distinctement. Aux lignes qui ont échappés au passage du tuyautator.
Je pourrais encore continuer, avec force exemples, à démontrer l'absolue certitude que j'ai acquise. Mais si vous n'êtes pas de trop mauvaise foi, vous vous rendrez à l'évidence.
L'homme n'est pas une ménagère comme les autres.
Sur ce, je dois vous laisser, et retourner à ma place...
A LA CUISINE !

By Sand, Not so desperate housewife
Photo trouvée ici.
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