S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Pour beaucoup, le Jazz est une musique. Musique douce pour certains, triste pour d'autres, entrainante pour untel, folle pour une petite frange.
C'est faux.
Le Jazz n'est pas de la musique. Le jazz, c'est une expression. Une expression étouffée, triste dans sa joie, fière dans sa tristesse. Le Jazz est une résistance. Et tout noir le sait. Car il sait lire entre les lignes. Il voit les larmes qui perlent entre les sourires.
Le Jazz a toujours été une fraicheur dans l'été, ce depuis sa naissance. Pour beaucoup, le Jazz est l'évolution dansante du blues. Faux, elle n'est que sa version cynique. Sa version publique. Sa version coté soleil. Mais le Jazz est plus que cela. Le Jazz a été un cri lâché dans les rues. Et un cri souvent repris. Sa noirceur ne le rend qu'au blues. Et encore, si peu, pour peu qu'on sache reconnaitre, apprivoiser.

Le jazz a une couleur. C'est peut-être la seule musique qui en a une, d'ailleurs. Elle tire dans les bruns. Elle sent le bois patiné des clubs. Les peaux luisantes sous la sueur. Les coups de couteaux dans les allées. Les arbres où pendent d'étranges fruits.
Le Jazz est un symbole, aussi bien dans ses gloires que dans ses faiblesses. Musique de génie dont même les plus grandes stars ont été payées au lance-pierre, quand elles n'ont pas été simplement spoliées. Amérique, Amérique.

Robbie Jansen, du Cap, etait un contributeur majeur de la scène Jazz sud-africaine,
et un militant anti-apartheid pendant la "lutte nationale pour libération."
Le Jazz est un souffle. Il peut être ténu. Puissant. Ou même violent. Il est multiple. Tout comme les émotions. Joie, peine, haine, sourire, peur, fou rire. Sa palette d'émotion est infinie. Amusant pour un style aussi pauvre, solfègement parlant, pour lequel, pour pouvoir jouer ensemble, des analphabètes se débrouillaient uniquement par leur imagination et leur talent.
Le Jazz est une conversation, où les mots ne servent à rien. Presqu'une illustration. Il est né seul, d'instruments cassés et des voix toutes aussi brisées. Des cris lancés dans des nuits brillantes ou des ciels couverts. New Orleans. La ville de la joie où le lynchage était une mode.
Le Jazz a toujours été là pour illustrer les grands moments, et les plus mauvais. Libérations. Apartheid.

Ce n'est pas pour rien que la scène du Lindy Hop ouvre en quelque sorte le "Malcom X" de Spike Lee, illustrant la folie et l'amertume de la société noire américaine des années 40. Et ce n'est pas pour rien que la B.O. n'est composée quasi que de cela. Pas parce que la musique est d'époque. Juste parce qu'on n'aurait pas pu l'habiller mieux que ça. Le Jazz est multiple, my friends. Il se fond tel un souffle pour chuchoter ses idées. Et elles restent. Ce qui est assez pratique, me direz-vous.
Pour pas mal de gens, les noirs font de la bonne musique parce qu'ils ont le rythme dans la peau. C'est idiot. Les noirs font souvent de la bonne musique parce que c'est souvent tout ce qu'ils ont eu la chance d'avoir. Il faut une bonne dose de cynisme pour habiller d'étoiles des larmes. Mais c'est sans doute parce que cela les fait chatoyer plus intensément.
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