
ZAN: La Journée de la Femme est une aberration.
Ce n'est pourtant pas compliqué. Deux genres. Masculin. Féminin.
Alors. Comment se fait-il qu'une journée "spéciale" soit nécessaire pour se rappeler de l'existence de l'un dans l'ombre de l'autre ?
ROLANDA: A une époque où beaucoup pensent que les Hommes et les femmes sont enfin égaux, il me semble plus que nécessaire d'organiser, comme tous les ans la journée de la femme. Parce qu'à ce que je sache, les femmes ne représentent encore qu'une minorité dans la vie politique (13,9% du parlement ce qui classe la France au 21ième rang sur 25 du classement européen sur la parité et 4 femmes ministre sur 17), parce qu'il existe encore de nombreuses inégalités, des préjugés et parce que nous ne sommes pas le centre du monde. Dans de nombreux pays, des femmes sont des sous individus. C'est donc une journée pour parler de la condition des femmes dans le monde, de leur évolution, de ce qui a déjà changé, de ce qui reste à faire.
Elle me plait cette journée.
SAND: Il existe tant et tant de journée de. Sans distinction entre vraie cause importante et confinement au ridicule. Journée de la sécretaire (la fameuse où on doit offrir fleurs et/ou chocolats à ladite secretaire, celle ci restant les 364 jours qui restent moins les vacances taillable et corvéable à merci. Et que les mauvaises langues ne disent pas que c'est plutôt elle qui taille hein !), ou encore:
En janvier : Journée Mondiale de la Paix, Journée mondiale du braille, Journée mondiale de la Corse (ce jour là, on doit manger du brocciu et écouter I Muvrini?), Journée nationale de dépistage de l'obésité infantile , Journée Mondiale du migrant et du réfugié, Journée Mondiale de la Douane et sur l'éthique, Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité, Journée Mondiale des lépreux
En fevrier: Journée Mondiale des Zones Humides (incontestablement ma préférée) , Journée Mondiale contre le cancer, Journée Mondiale sans téléphone mobile, Journée internationale contre les mutilations génitales, Journée mondiale des malades, Journée Internationale des enfants soldats, Journée Internationale du patrimoine canadien, Journée Internationale de la langue maternelle, Journée Mondiale du Scoutisme, Journée Mondiale d'action contre l'ordonnance sur les brevets en Inde, Journée Mondiale sans Facebook.
Et enfin arrive le 8 Mars. Et la journée de la fââââmme. Celle qui a des gestes plein de charme. Oui celle là. Celle qui me révolte et me répugne. Parce qu'accorder une journée comme ça à la femme, une seule par an, c'est à la fois trop peu et beaucoup trop. Trop peu parce que la femme reste dans beaucoup de pays encore, et même dans des pays industrialisés comme les nôtres, bafouée, battue, violée, déconsidérée, avilie, incapable de s'élever dans un certain échelon social juste en raison de son sexe. Parce qu'on a tellement peur dudit sexe qu'on la mutile encore, qu'on l'excise, qu'on la fait taire, qu'on la voile.
Et c'est aussi beaucoup trop parce que on ne devrait pas accorder à des êtres humains une journée, leur consacrer du temps juste en raison de leur sexe. En montant cette journée, c'est un peu comme jetter des mies de pain aux canards sur le lac. Ca les distrait tout juste, mais ça ne les nourrit pas.
C'est difficile de réduire des gens, des êtres humains à une seule chose, de passer de la globalité de l'être dans sa diversité à un seul générique pour tous. Je ne me sens absolument pas concernée par la journée de la femme. C'est quelque chose qui ne me parle pas, je trouve ça limite dégradant, car elles fait de nous des êtres assistés et pointés du doigt.
Phénomène significatif, et qui m'a particulièrement frappée cette semaine. Quand il y a un accident, et que l'on déplore le nombre de victimes, on parle toujours des femmes quand il y en a en premier. Comme si c'était plus grave. Ces pauvres êtres sans défense. Les femmes et les enfants d'abord.
Et si la femme en question a des enfants, là elle n'est plus une femme victime, mais une mère de famille victime. En insistant lourdement et en gommant le reste. Une mère de famille. C'est beaucoup plus grave encore, ça frappe plus les esprits.
Je ne participerai en aucune manière à cette journée. C'est toute l'année qu'on devrait s'indigner des violences faites aux femmes. Pas juste quand c'est noté sur le calendrier.
BELAM : Une journée de la femme. Si je devais résumer mon parcours pour devenir une femme (C'est à dire à la fois devenir adulte au sein d'un corps déterminé et m'incarner dans la féminité), je dirais qu'à 6h du matin, j'ai perdu ma mère et que ça m'a fait trop grandir. Qu'à 7h, j'ai perdu ma virginité, qu'à 10h je vivais libre à New-York, qu'à 13h, j'étais enceinte, qu'à 15h, je l'étais pour la seconde fois, qu'à 15h15, je partais mes deux enfants sous le bras et qu'il est 17h. A 17h, je me vois accomplir un miracle. Mettons que je ne m'en rends jamais vraiment compte. Mais notre vie à tous les trois, mes enfants et moi, tient du petit miracle en équilibre. Qu'un rien le fait vaciller mais que je le maintiens. C'est à ça que je me suis rendue compte que malgré moi, et ce n'est pas forcément une question d'âge, je suis devenue une femme. Plus le temps passe, plus je constate les injustices faites à celles-ci. Les petites injustices du quotidien. Parfois, rien de grave. Parfois, c'est mortel. Je suis heureuse qu'une journée soit consacrée aux femmes. Une petite piqure de rappel concernant ce statut subi et si joli. Je suis féministe. Sans hystérie. Je défends ma cause. Celle que j'ai du appréhender lors de toutes les étapes précédemment citées. Une cause viscérale. Oui, littéralement vissée au ventre. Je l'oublie parfois. Mais cette journée sert aussi à se souvenir que naître fille, femme, peut être terrible. Source de malédictions dans beaucoup de pays. Qu'être né garçon ne présuppose pas de destin maudit. On peut l'être parce que d'une autre couleur, parce que d'une autre religion, parce que né quelque part. Mais jamais, jamais, être né garçon ne fut une infortune. Nulle part. Juste une journée pour garder en mémoire cette disgrâce...

By La Rédac'
Illustration: Zan'
Toutes les semaines, je cherche un je...
Et du coup, tout à ton bonheur et ta...
Ce qui est génial avec ton écriture...
... Ce mec est un grand timide... Tou...
Vivre plus longtemps ?!? C'est pas s...
Aïe... des regrets !!! enfin c'est ...
j'avais pas de thème quand j'ai comm...
c'est bizarre parce que moi, le stage...
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