S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Le but de toute politique appliquée à une population est de permettre la cohabitation de nombreuses individualités dans un ensemble cohérent permettant d'une part la survie de l'ensemble et de préserver en plus les intérêts spécifiques de chacun.
Or, lors de la mise en place des principales utopies politiques actuelles, celles-ci se sont brisées sur un écueil qui semble inhérent à l’espèce humaine : la primauté de l’intérêt individuel sur le groupe.

La vie en société nécessite des arbitrages incessants entre les intérêts personnels et ceux nécessaires au maintien de la communauté.
Afin de maintenir l’équilibre entre ces deux forces parfois antagonistes les différentes politiques amènent chacune des règles permettant de trancher lorsque les deux parties sont en conflit.
Dans le système anarchiste, chaque individu est responsable de ses actes et fonctionne en auto-gestion. C’est à lui de prendre en compte les besoins de la société et de la maintenir, comblant volontairement les lacunes lui permettant d’exister.
Dans le système liberal, le sujet est libre de ses choix et actes personnels dans le cadre d’un ensemble de lois générales qui s’appliquent à tout le monde. L’Etat est le garant du respect et de l’application de ces lois.
Dans le système communiste, la communauté prime. L’individu est libre de ses choix et de ses actes dans la mesure où ceux-ci n’entrent pas en contradiction avec les besoins de la communauté.
Nous pourrions citer encore de nombreux système d’équilibrages entre individualités et société.
Dans tous les cas, ces utopies semblent a priori à même de fonctionner et de maintenir une société en place par l’équilibrage de ses forces.
Or, l’histoire a montré que dans les faits, l’application de ces systèmes ne réussit pas dans le long terme sans faire régulièrement des entorses à la règle et des réajustements constants. Ceci semble être dû au fait que dès qu’un individu (ou groupe d’individu) se trouve en situation avantageuse, au lieu d’en faire profiter tous les membres de la communauté, en tire profit ce qui déséquilibre le rapport de force.
On peut donc logiquement se demander si ce besoin de s’approprier le pouvoir est fondamentalement ancré dans l’humain. On peut aussi se demander ce qui confère à ces individus la possibilité de mettre au pas le reste de la société et essayer ainsi de trouver des moyens de contrôle.
Lorsqu’on regarde les différents échecs (communisme en Russie, liberalisme presque partout ailleurs) le moyen qu’ont les élites de se maintenir dans leur rang est de se constituer en sous société dans laquelle les moyens et les informations circulent en vase clos.
En l’occurrence, le maintien de la population restante dans une forme d’ignorance (fonctionnement du parti dans un cas, fonctionnement et accès aux places financières et à la mondialisation dans l’autre) permet à ces groupes de garder une longueur d’avance et de maintenir ainsi leur pression.
La mise en place d’un système de gouvernance basée sur un groupe d’individus qui établiraient les règles entrainent directement un surcroit d’accès au pouvoir qui entraine un déséquilibre à l’avantage de ce groupe.
Quelle que soit la granularité que l’on donne et l’étendue du pouvoir sur la société que l’on attribue à chaque individu ou groupe d’individu, celui-ci aura tôt fait d’en tirer partie pour lui et ses descendants au détriment de la survie du groupe en tant que tel.
Il semblerait que la responsabilité personnelle et la dépendance qu’implique l’appartenance à une société ne soit pas naturellement inscrit dans le système de pensée humain. De plus, ceux qui sont conscients de cette interconnexion sont souvent les premiers à cyniquement en tirer partie tout en sachant pertinemment les effets délétères que cela a sur tous les autres.
Je n’ai pour l’instant pas trouvé de solution à cet épineux problème des gouvernances dans les sociétés humaines.
Si quelqu’un a une bonne idée pour canaliser les mauvais humains que nous sommes …

By ArAgorrn
Crédit image : Lex Drewinsky, "Homo Sapiens ?", Allemagne 1998 - "Evil originates in the head"
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