
Fadela Amara et plusieurs députés UMP sont en train de préparer une loi pour interdire le port de la burqa en France. Cette loi, si elle était promulguée, serait totalement contre-productive et cacherait le principal problème de la société occidentale qui est la reconnaissance du statut des femmes.
Ce qui est étonnant, pendant cette période de crise économique, c'est que des ministres aient le loisir de s'occuper d'un problème qui est somme toute périphérique dans la masse des ennuis sous lesquels croulent une bonne partie de la population française. Le fait de remettre au devant de la scène le port de la burqa (et donc le débat sur le voile islamique) n'est-il pas là uniquement pour reporter l'attention de la population sur autre chose que les problèmes actuels ?
Cette loi risque d'être en plus, totalement contre-productive. Une femme interviewée ce matin à France Inter à ce sujet répondait à la question « Que ferez-vous si la burqa est interdite ? » par « Je ne sortirai plus de chez moi ». Ces femmes, qui sont déjà par leur petit nombre et l'image qu'elle renvoient en marge de la société, en deviendront complètement invisibles. Le résultat sera alors évidemment au rendez-vous « ne vous inquiétez pas petit chrétiens de français, les intégristes sont rentrés chez eux ». Les femmes qui portent la burqa par choix s'en retrouveront alors confortées et risquent de brandir cet accessoire comme une lutte face à une société qui ne les accepte pas. Celles qui le font par obligation disparaitront tout simplement du paysage. Mais comme souvent dans ce type de loi, le problème de fond ne sera pas résolu.
Le problème de la burqa (et par extension du voile islamique, du niqab etc...) ne peut pas être ramené à un simple rapport de dominant/dominé de l'homme sur la femme (que ce soit son mari ou son père). Il procède souvent d'un cheminement personnel de la femme au sein d'un milieu socio-culturel particulier qui favorise et, malgré ce qu'on en a comme image, donne une place déterminée à la femme dans le couple, sa famille et donc la société. Les femmes n'ont-elles qu'à s'en prendre qu'à elles-mêmes ? Non. Le problème de fond est un problème d'éducation et de socialisation. La meilleure façon de combattre les signes religieux est de donner une place aux femmes dans la société en dehors des signes de leur communauté respective.
Là, effectivement, il y a du travail de fond à réaliser. Un travail qui ne pourra se résoudre par une simple loi interdisant un morceau de tissu. Car les grilles qui empêchent les femmes d'avoir des rémunérations ou des postes équivalents aux hommes dans les entreprises sont des freins beaucoup plus puissants à l'intégration des femmes. L'image vieille France de la femme soumise est beaucoup plus pernicieuse car cachée et banalisée. C'est ce que montre Mona Chollet citant Fatema Mernissi et Eve Ansler dans « Sortir du harem de la taille 38». La manière dont la société enferme les femmes dans le carcan de la taille 38 et de la femme aux trois visages (amante, mère et femme d'affaire) n'est pas forcément un signe de modernité.
Alors, oui, il faut qu'il y ait un débat sur les signes ostentatoires religieux. Mais, non, ils ne doivent pas venir seuls et devraient plutôt venir en complément d'une politique globale d'intégration des minorités, de réflexions sur l'égalité des chances et de droit à chaque individu de s'insérer au sein de la société sans forcément procéder à l'aliénation de sa personne.

by Arragorn
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