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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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La cocaïne sera le poison de l'homme blanc

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(A ma soeur de coeur....)
La cocaïne sera le poison de l'homme blanc : proverbe inca

Ces Incas étaient des gens plein de bon sens. Il n'est pas question de faire une leçon de morale ici, bien sur que la notion de plaisir est indissociable de cette drogue. Ceci étant, cela ne va pas sans conséquences.

La cocaïne est pire que l'héroïne car beaucoup plus insidieuse. L'héro vous fait décrocher de la société, la coke vous insère encore plus parce que vous vous sentez puissant, efficace, invincible et que la société aime ça. Extrêmement pervers.

Bien sur que ce n'est pas grave de se taper un rail dans une soirée. Quelle pêche après ! C'est ça le drame ! Ya rien de mieux que le premier rail d'une fête. Le reste ? Une répétition frustrante, tu te retrouves en train de courir comme un malade après cette sensation. En général, l'alcool est le meilleur ami de la coke. Pour info, il est préférable de ne boire que du whisky, c'est un régulateur cardiaque.

Le tout Paris tape de la coke, elle envahit les villages. Oh bien sur, tout le monde se réfugie derrière le coté festif mais rien n'est anodin.

Tu tapes et tu te sens brillant, tu parles, tu parles, tu parles. J'en connais qui passent les mêmes soirées depuis quinze ans, assis autour d'une table, les mêmes discussions, se défoncer jusqu'à plus soif. Le lendemain ? Paranoïa, mal être, fatigue mais ça ne s'arrête pas là. 48 h après, la déprime, le vague à l'âme, ne jamais prendre de décisions ce jour là, tu vois tout en noir. C'est une conséquence implacable et peu de consommateurs la maîtrisent. Pour la plupart, cela s'arrête là, taper dans un cadre festif.

Mais, pour certains, c'est la descente infernale, ils se font déborder, c'est pas seulement le week end, c'est certains soirs de la semaine. Et puis, comme c'est crevant, un petit rail le matin pour démarrer. « Whaw qu'est ce que je bosse bien ! ». Pour les catégories professionnelles où « la charrette » est un sport national, tellement pratique...

Et tu te retrouves en train de taper tous les jours, toutes les règles que tu t'étais fixées sautent les unes après les autres : pas la semaine, pas la journée, pas au boulot, tu tapes dans un coin du salon pendant que tes enfants jouent à coté. Tu ne te rends même plus compte de ce que tu fais, ton entourage assiste aveugle ou lucide, l'impuissance règne.

Je pense évidemment à quelqu'un de précis. Dans ma jeunesse, j'ai vu beaucoup de grandes figures parisiennes dignement addicts...Toujours des hommes. Je dis peut être une énorme connerie mais il me semble que les hommes sont plus exposés que les femmes. La faute à la pression énorme qu'on leur met: bon père, bon mari, bon pote, bon professionnel.

Cet homme était un type bien, un peu fragile, trop torturé. Il s'est laissé dévorer, trop de « charrettes », trop de responsabilités, des mensonges, l'agressivité comme compagne, taper pour se lever, taper pour travailler, taper pour oublier que t'as tapé. Le mot n'est pas anodin... taper...c'est violent comme mot et c'est parfaitement approprié.

Taper pour gérer la déprime post tapage et donc, être en permanence perché au final, tu vires despote, tu bousilles ta femme, à coups de mépris, de phrases assassines, de mensonges, elle assiste impuissante, compose, refuse, accepte, nie, refuse, baisse les bras, te quitte.

Tu ne supportes plus rien ni personne, tu perds tout, ta femme, tes potes, ton fric, tu te crées un entourage toxique, tu perds ta maison, tu gagnes tes enfants un week end sur deux, t'as plus trop envie de les voir, tu n'es plus si efficace au boulot, tu te mets en danger.

Au final, tu es seul, tellement seul. T'as même pas eu le temps de réaliser que t'as basculé. T'as peur. Et tu tapes encore & encore pour surmonter ta peur, tu crois que tu surmontes, tu t'enfonces inexorablement, tu te fabriques une réalité propre, ça ressemble à la réalité mais tout est déformé. Tout le monde est contre toi, personne ne te comprend. Tu nies en bloc, « Je gère, aucun problème », tu crois que tu es le roi du monde pourtant, la panique te gagne régulièrement mais tu es tellement enfoncé dans ta mégalomanie que tu refuses la moindre remise en question, la peur chevillée au ventre, tu vois ta vie s'effondrer, tout t'échappe, tu deviens spectateur, tu refuses cette idée et tu restes le maître de ton propre monde, dictateur d'un univers que tu ne maîtrises pourtant plus...

Dans une société où la performance, la rentabilité sont des valeurs essentielles, la cocaïne peut pleinement s'épanouir. Ce n'est jamais anodin de taper ponctuellement. Ne jamais perdre cela de vue...


(Billet initialement publié le 15 janvier 2008.)

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Commentaires
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Spleen sans idéal 17-05-2011 01:41:43

Brutal
Puissant
Perturbant
J'aime
C'est pas anodin...
  dmdstyle 17-05-2011 12:13:23

Faudrait publier ça dans un grand journal, voir même dans tous parceque je pense que beaucoup beaucoup de gens (et maintenant de jeunes) sont concernés.

C'est bizarre, la vie est pourtant si belle au naturel...
Catnatt 17-05-2011 15:14:49

Merci pour vos commentaires

Il est marrant ce texte, c'est un des premiers que j'ai écrit quand j'ai débuté dans le blog
Zan 17-05-2011 23:31:38

DmD a raison. si belle au naturel.
Il n'a pas pris une ride, ton billet, Catnatt.
baci 17-05-2011 23:47:47

chaque fois que je lis ce texte ça me fait pareil : j'ai l'impression de lire une fiction.

Alors qu'en fait non, j'ai bien conscience que c'est le quotidien de vrais gens, mais c'est si loin de moi que je n'arrive pas même à me représenter ce que ça fait !

Rolanda Bibine 18-05-2011 11:24:13

Ça me dépasse totalement. En soirée, j'ai vu des gens venir me parler après avoir pris de la cocaïne alors que pendant deux heures, ils ne m'avaient pas jeté un regard ! Manque-t-on à ce point de confiance en soi ? trouve-t-on que sans paillette tout est d'une tristesse sans nom ?
C'est juste triste surtout quand on suit ton fil.... (heureusement que j'ai toujours eu trop peur de ne plus rien maîtriser )
Catnatt 18-05-2011 12:37:23

Merci les filles
Sarah (aka Princesse Sarah) 19-05-2011 12:14:52

Mon premier commentaire sur le blog de cette communauté est pour ce texte intense.

Tu as décris avec des mots puissants, des mots bruts, des mots vrais tout ce qui m'a toujours effleuré l'esprit en voyant des proches consommer de la drogue.
Et là je parle de toutes les drogues quelles qu'elles soient: De la clope à l'alcool en passant par les drogues dures ou douces.

On se croit puissant, on se croit fort, capable de toujours "tout contrôler". Mais il ne faut pas oublier qu'on est humain et que la volonté n'est pas toujours notre point fort.
Et puis si on l'était vraiment, pourquoi on toucherait à cette merde?
Pourquoi l'homme ne croit-il pas davantage en lui? Pourquoi faut-il nécessairement qu'il soit défoncé ou bourré pour se fabriquer un courage artificiel, une vie artificielle ?
Ce ne sont que des paillettes d'illusions qui tôt ou tard finissent par lui brouiller la vue de la réalité et le perdre définitivement.
agrippine 19-05-2011 21:26:11

vraiment chouette comme texte parce qu'il décrit vraiment très bien la décente, la transformation , l'enfermement de ce type.
aym 10-06-2011 09:15:26

C'est joli comme papier et c'est très vrai.
Je me retrouve très bien dedans (il y a qques années, précisons le).

Mais, il y a comme une tournure dans le propos qui est un peu trop "généralisante" je trouve. Un petit peu de "tous les cokés" finissent comme ca.
Or je crains que malheureusement (ou heureusement) nous ne soyons qu'une toute petite minorité à avoir été assez cons pour se mettre dans la situation évoquée dans ce billet....
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Auteur de cette article : Catnatt

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