
Je pensais bêtement que le capitalisme devait tendre vers la recherche de meilleurs produits innovants à mettre sur le marché ainsi que vers l'optimisation et la réduction maximale des coûts de production. Depuis que je travaille, je me suis rendu compte qu'il n'en est rien.
Je souhaite vous présenter deux exemples qui, je pense, sont une bonne illustration de la manière dont le capitalisme s'auto-alimente pour ne pas se mettre en péril.
-
Le projet multimédia
J'ai la chance (ou la malchance selon) d'être prestataire de service dans l'informatique. Depuis juillet, j'étais sur un projet de site communautaire pour le compte d'un opérateur téléphonique. Le projet a été démarré il y a deux ans et mis en ligne il y a un mois. Il est donc entré dans la phase que l'on appelle « production ». Autant dire que le projet est terminé, et devrait normalement monter en puissance à mesure que les utilisateurs viennent dessus. Or, le projet a non seulement été arrêté mais le site va être supprimé en juin. On pourrait se dire logiquement que cette décision provient d'un manque d'audience ou de toute autre décision marketing. Il n'en est rien, la décision a été prise avant même la mise en ligne du site et est tout simplement due à des changements de dirigeants à la tête de la division en charge du projet.
Au total, environ 6 personnes en moyenne et plus d'une quinzaine en pointe auront travaillé sur ce projet pendant deux ans. Le chiffrage de ce projet est évalué aux alentours d'un million d'euros (en comptant les salaires, et il ne faut pas oublier qu'un prestataire vaut double).
On pourrait penser à une conséquence de la loi de Dilbert qui ferait que le management défectueux aurait effectué un choix pourri. En discutant avec les employés, on se rend compte que ce genre de gaspillage est monnaie courante dans cette ancienne entreprise publique. D'énormes projets de plusieurs millions d'euros sont, chaque année, abandonnés avant même d'avoir pu être mis sur le marché et confrontés à leur public. Les décideurs de l'entreprise ne laissent même pas la chance aux produits de faire leurs preuve et décident d'arrêter les projets (ou de les faire trainer en longueur) avant qu'ils aient le temps de percer.
Lorsque je les ai interrogés sur les éventuelles raisons qui poussent ces dirigeants à plomber ainsi leurs propres projets, on m'a exposé une théorie simple mais néanmoins inquiétante : s'ils finissent le projet trop tôt et ne consomment pas leurs crédits, ils en auront moins l'année d'après. Voire même, si le projet se termine, on ne saura pas quoi faire d'eux. Ils s'inventent donc du travail.
Ce serait, au-delà de la débilité d'un tel choix, concevable si cela servait effectivement à sauvegarder l'emploi. On voit bien au vu du plan social actuel chez certains opérateurs que cela ne suffit pas à garantir de l'emploi pour tout le monde. Je pense même que cela est contre-productif et produit des effets néfastes.
-
La machine à laver
J'ai eu la malchance de devoir m'acheter une nouvelle machine à laver récemment. Ne voulant pas risquer une nouvelle panne du même ordre, j'ai choisi une machine 100€ plus chère que la précédente sur les conseils du vendeur. Au moment de l'achat, le vendeur me propose une garantie étendue si j'ajoute encore 100€ à mon achat. Si j'ai déjà mis 100€ de plus, c'est pour justement ne pas avoir besoin d'une assurance de ce genre. Il me répond alors une phrase qui m'a sidéré et mis très en colère : « Vous savez, de toute façon, ils sont dans une politique de renouvellement ». Il m'explique alors de manière détournée que les fabricants font exprès de baisser la qualité des composants de leurs machines pour être sûrs de voir revenir l'acheteur 4 ou 5 ans plus tard (ce qui à l'échelle d'une machine à 500 € est un peu court). Ne pouvant me permettre cet écart, je suis reparti, furax du magasin avec ma machine dernier cri en espérant que le vendeur se trompe.
Je pense que ces deux cas montrent bien la manière dont le capitalisme a dérivé d'un objectif de libéralisation et de marchandisation des biens vers un objectif de maintien de sa propre existence.
Le but étant d'alimenter le marché quoi qu'il arrive et, alors que les biens de première nécessité n'évoluent plus et que les gens commencent à être de plus en plus équipés, la seule solution pour maintenir le système est soit de créer de nouveaux besoins, soit de forcer le renouvellement en faisant des produits de piètre qualité.
Cette économie du tout-jetable et du tout-éphémère est évidemment très préjudiciable sur deux points :
-
L'écologie :
En mettant en place une économie du renouvellement permanent, on occasionne un surcroit de déchets très lourd à porter pour la planète. C'est une véritable fuite en avant (plus les produits sont mauvais, plus ils seront polluants et plus ils seront jetés).
-
La main-d'œuvre :
Ce que je vois, particulièrement chez les employés de mon ancien client, c'est une résignation et un dégoût face à cet argent gaspillé. On leur parle de crise, de besoin de liquidités, de salaires gelés, de plan social pendant qu'eux voient ces millions d'euros gaspillés pour de pures raisons politiques. De plus, le fait de savoir que l'on fait « de la merde » et que tout cela sera jeté à la poubelle à plus ou moins court-terme alimente ce cercle vicieux et pousse les employés à bâcler leur boulot. Cela affecte aussi grandement leur moral. La perte finale pour l'entreprise est énorme qui, en refusant de commercialiser un produit (qui au pire n'aurait rien rapporté), se prive d'une potentielle rentrée d'argent et transforme donc une perte potentielle en perte sèche assurée. Un peu comme les pirates dans asterix qui croyant être sur le point d'être abordés par les deux gaulois décident de saborder eux-mêmes leur navire.
Si cette volonté de soutenir le système par tous les moyens, même les plus ubuesque peut être compréhensible, elle ne pourra pas rester la solution à long terme. En effet, nos ressources naturelles et humaines sont limitées et, à force de tirer sur la corde, il se pourrait bien qu'elle se casse...

by Arragorn
| Commentaires |
|
|
|
|
|
|
|
|




Suivez-nous sur Facebook
Belle lecture, merci, que ce moment v...
J'aime bien ces moments où les chose...
Toutes les semaines, je cherche un je...
Et du coup, tout à ton bonheur et ta...
Ce qui est génial avec ton écriture...
... Ce mec est un grand timide... Tou...
Vivre plus longtemps ?!? C'est pas s...
Aïe... des regrets !!! enfin c'est ...
j'avais pas de thème quand j'ai comm...
c'est bizarre parce que moi, le stage...