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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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MSN ou l'acommunication

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.Réflexe conditionné lorsque je branche mon ordinateur.

Comme un chien bien dressé, il ouvre sans me consulter ma boite MSN. Paramétrage à modifier sans tarder, me dis-je en râlant, pour empêcher les persona non grata qui pourraient vouloir me contacter. Non grata ? Étonnant, en effet, que des personnes qui ne sont pas bienvenues aient mon adresse personnelle, commenterez-vous in petto et fort justement encore. Erreur de jugement, j'avoue, qui parfois m'a fait prendre tel homme pour un roi alors qu'il n'était qu'un forban. La mise au ban remise au goût du jour par Dame Gicerilla qui par la fonction blocage rend son véritable statut au chaland.

Alors que j'ahane une note sans intérêt, des perles de sueurs trahissant sur mon front mon côté Balzac du oueb, subitement, une fenêtre s'ouvre sur l'écran. Un instant agacée par cette diversion, je me penche à la fenêtre pour voir qui, en contre-bas, tente d'attirer mon attention. Pas besoin de gravillons lancés adroitement sur le carreau, juste quelques mots.

"Bonsoir !"Ah, mais que voilà une entrée en matière prometteuse. A n'en pas douter, me voilà confrontée à un nouveau Cyrano. Qui donc a l'impertinence de m'interrompre dans un élan créateur si prometteur ? F. F. pour Fernand, François, Félix ? Peu importe. F. pour lui garder un anonymat de bon aloi, histoire de m'éviter un procès en diffamation. Interloquée, mes doigts s'immobilisent un instant pour que je réfléchisse. Mon cerveau se contorsionne ainsi que mes sourcils tentant vainement de faire surgir sur l'écran de mes réminiscences une trace de cet homme. Meetic ? AdopteUnMec ? SexeADonf ? Mon glob ?

Mes souvenirs sont brouillés et je n'ose le lui dire de peur de le blesser car personne n'aime s'entendre lire qu'il est oubliable. Et puis, si je suis sauvage je n'en suis pas moins bien élevée. Je décide de jouer la carte "ah, c'est vous..." Nous enchaînons quelques banalités comme on fait des échauffements et puis le gars décide de se lancer à l'assaut de mon balcon.

Hélas, n'est pas Edmond Rostand qui veut. Une conversation difficile lentement s'installe. L'homme est poli, un peu direct à mon goût et pratique le tu comme si nous étions de vieilles connaissances. Je remise au placard mon vous XVIIIè, même s'il m'en coûte et lui donne du tu, en veux-tu en voilà. Est-ce la neutralité de l'écran, sa platitude ou sa froideur qui subitement fait glisser la conversation dans des régions avoisinant l'enfer. L'enfer de glace, en ce qui me concerne, où la froidure est telle que la chair au toucher s'y brûle, laissant sur la surface blanc-bleutée des lambeaux sanguinolents. F. ne vient-il pas crûment me demander si j'ai un amant, si je baise ? L'indignation me prend mais on n'est pas moi si on ne répond pas à la provocation. Je me tance, me prêche la tempérance mais rien n'y fait, mon sang breton ne fait qu'un tour et à mon tour je le provoque "oui, en effet, j'ai un amant et alors..." une intuition me soufflant que cette réponse le cinglerait au moins autant qu'un gant du cuir sur le visage. Le voilà qui s'emballe, qui me traite de pute !

A la lecture, je m'étrangle. Une envie de le souffleter me démange alors que mes dix doigts, frénétiquement vengeurs, s'emmêlent de rage et tricotent sur le clavier les mots qui vaudront mon poing sur sa gueule. Ma colère me fait perdre mes moyens, l'outrage est trop grand. Qui est-il, ce butor, pour m'insulter de la sorte ? Evidemment, l'anecdote n'a pas d'autre intérêt que celui d'épingler comme puant spécimen d'hétéroptère ce genre de type-là. Je hais la superbe qu'octroie à des vauriens l'anonymat d'un nom d'emprunt. Déshumanisation des êtres, humains pourtant. Le virtuel qui fait de l'autre une chose du genre neutre, dont la dimension humaine, donc sensible, est oblitérée par la platitude de l'écran. Affranchissement à peu de frais des convenances et autres conventions qui rendent la vie en société vivable. Ah, je suis en rage. Et je fais le constat agaçant de la puissance intrusive de tous ces outils dans notre vie privée. L'inconstance trop souvent rencontrée sur le net, superbe véhicule de communication pour qui veut l'utiliser à cette fin, mais aussi terrain de jeu de tant de gens aux motivations indéfinies qui me font perdre mon temps.

Quelle irritation ne ressentais-je pas lorsque, telle une irruption d'urticaire, untel surgit pour ne rien dire, pour ne rien partager. Et dans la vraie vie, celui-là, comment se comporterait-il face à moi ?

Je comprends mieux pourquoi mon cerveau voulait l'oublier !

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By Gicerilla



Commentaires
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Rolanda Bibine 10-05-2010 16:12:20

Jamais connectée à rien ! je ne suis pas capable de résister à toute conversation Qu'est ce que c'est bien écrit ! suis admirative
sand 10-05-2010 18:52:49

Il fut un temps ou j'etais tres (trop) souvent connectée a ce genre de trucs. Maintenant japprends a relativiser son usage
clap clap sinon
Zan 10-05-2010 19:58:32

après avoir boudé l'outil, puis après en avoir abusé jusqu'à l'écœurement, j'ai appris à en faire au même titre que le téléphone fixe : je m'y connecte quand j'en ai utilité.

superbe écriture ^^
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