Rame: c'est du belge !
Jeudi, 28 Octobre 2010 00:55
sand

Comment parler de la Belgique, maintenant? Est ce qu'il y en a encore vraiment une d'ailleurs? Poser la question, c'est y répondre un peu, m'aurait asséné un philosophe émérite dont j'ai oublié le nom, à moins que ce ne soit Salvatore Adamo, ou n'importe quel représentant un tant soi peu sérieux de notre territoire si petit et pourtant si éclaté.
Finalement, être belge, c'est un peu plus qu'un territoire, non? Plus que trois langues parlées, plus que BHV, plus que le surréalisme. L'art du compromis. Larde le con-promis. Expliquer à l'extérieur, hors les murs de ma Belgique, à ces français qui nous sont si proches et pourtant si lointains, en quoi consistent les négociations actuelles, vers quoi elles vont certainement nous mener, vers des pseudos accords, des prises d'élans factices pour mieux reculer au final... Que le gouvernement est en "affaires courantes". Joie des adoucissements d'angles, et des métaphores polies pour définir un pays qui n'a plus de capitaine à sa barre. Que le vote, obligatoire, ne nous a mené à rien. Qu'on a même doublé la mise sans plus de résultats probants.
Je suis fatiguée, je crois. Marre d'entendre définir l'identité belge comme celle de l'indécision. Marre des successions de formateurs, informateurs, d'explorateurs, éclaireurs, démineurs, facilitateurs, et des blagues trop faciles sur le futur décapsuleur. A croire que l'imagination royale est telle le tonneau des Danaides. Métier pas facile que celui d'être roi, de nos jours, en ce bon royaume de Belgique, où il faut à la fois des capacités d'écoute exceptionnelle, et un don non usurpé pour sortir de son chapeau des rimes en -eur pour nommer des kamikazes des discussions institutionnelles, des nouveaux échansons de l'eau dans le vin,...Victimes expiatoires d'un échec de communication entre des partenaires qui ne se désirent plus vraiment.
Un couple qui aurait mal vieilli, cherchant les petites piques à asséner, les petites phrases assassines, ou les grands non définitifs. Usé jusqu'à la corde.
En même temps, on s'y attache à ce pays sans gouvernement, à cette vieille dame qui a bien besoin de déambulateur pour avancer, à pas mesurés.
Finalement être belge, au delà d'un simpliste clivage flamand/wallon, est ce que ce n'est pas aussi cet absurde qui nous maintient tous debout, face au vent, fier de ne pas être autres que ce que nous sommes. A nuls autres pareils. Parce que difficiles, mais braves. D'entre tous les peuples de la Gaule, les belges sont les plus braves. Jamais citation n'aura été plus adaptée. Bêtes de sommes de réforme, ployant à peine sous le poids des institutions.
Têtus, mais discutant, encore et encore. Autour, j'entends quelques voix, timides parfois, qui osent des "séparons nous d'eux. Ce sont des égoistes. Des corporatistes. Ils ne nous aident pas". J'entends aussi "soyons raisonnables, notre union est bancale, oui, mais si on étançonne bien, quelques pelletées de mastic de ci de là, ça devrait tenir encore".
Je vois surtout, et ne peux m'empêcher de vous faire profiter de la réference hautement mélomane, un De Wever tel le Katherine belge,entonner un vibrant "non mais laissez moi, splitter het belgiek."
Probablement que le sentiment tenace des gens, autour de moi, proches ou plus lointains, est que tout ça finalement se passe à des kilomètres d'eux. De leurs vies. De leurs préoccupations quotidiennes. Et pourtant elle tourne, c'est vrai. Sans gouvernement. Ou quasi. Sans idées nouvelles que les cafés cent fois servis autour des tables de négociations n'auront réchauffées. Sans rien d'autre qu'une menace qu'on finit par ne plus prendre au sérieux. Serions nous finalement blasés? N'entendrions nous plus l'appel au loup? L'éclatement final nous parait il trop avoir été brandi comme une menace illusoire que pour que nous y prêtions garde?
Si on était tous sur un navire? Une sorte de rafiot, qui prend un peu l'eau, mais que l'on a à coeur de garder à flots. Le cap importe peu, tant que l'horizon est à portée. On s'habitue à tout. Au tangage des bateaux comme aux gouvernements fantômes. On peine à trouver un équilibre, puis malgré le roulis, on y est. L'équilibre dans le tangage. Les vagues s'écrasent sur la coque, on est remués, peut être un peu éclaboussés, mais on finit par trouver un certain confort. On s'adapte. Moi, nous, les belges, ce qu'il en reste, nous nous adaptons. Pour ne pas crever, seuls, au fond de la cale, ou noyés par dessus bord.
On a beau ne pas toujours avoir la frite, on est sûrement encore loin de la mise en bière. Ou alors... c'est un impossible rêve?

By Sand
(article précédemment paru dans Le Soir)
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