
Concrètement, j'apprends à 400 adolescents déjà salariés en apprentissage à réfléchir sur le monde dans lequel ils vivent. A voir un peu plus loin que le bout de leur nez, c'est-à-dire, ce qu'ils ingurgitent à la télé où ce que leur martèlent leurs employeurs. Ces ados qui travaillent parfois plus de 45 heures par semaine, et à qui ont fait signer un bout de papier sur lequel il est indiqué : travail effectué 35 heures. « Dans ce métier là, les 35 heures n'existent pas, on est pas fonctionnaire ». Et oui. Ces jeunes à qui parfois, on demande de changer de prénom parce que le leur a une consonance trop maghrébine ou trop africaine « Aïcha, cela ne va pas plaire à la clientèle, ici, on t'appellera Sarah. » Pour être honnête, cela n'arrive que très rarement car la discrimination dans cette profession est telle que sur 600 apprentis, il n'y a qu'une jeune fille originaire d'Afrique Sub-saharienne et une dizaine de jeunes originaires du Maghreb.
J'ai la chance d'enseigner des matières propices au dialogue. Et j'ai cette liberté extraordinaire de pouvoir choisir les thèmes qui me serviront de base pour appliquer les programmes. Mais c'est un combat de tous les jours. Oui, une grève emmerde forcément une partie de la population mais comment se faire entendre autrement ? Oui, elle est justifiée car il faut, entre autres, défendre le service public. Non, les fonctionnaires ne sont pas tous des incompétents. Non, les salariés travaillant 35 heures ne sont pas tous des fainéants. Oui, les droits de l'homme dans les prisons doivent être respectés car la privation de liberté est la seule peine qui doit être appliquée. Non, la prison n'est pas le paradis sous prétexte qu'il y a la télé dans les cellules. Non, les chômeurs ne sont pas tous des fainéants qui profitent du système. Non, porter une minijupe ne signifie pas forcément que l'on « cherche » les garçons et que l'on est une pute. Oui, chacun a le droit d'avoir ses préférences sexuelles. Non, aucune pratique sexuelle n'est sale si elle est consentie pas les deux partenaires. Non, on ne vit pas « bien » avec le RMI. Non, les étrangers ne viennent pas en France pour profiter des allocations. Oui, la discrimination, le racisme existent bel et bien en France.
Alors je cherche, je fouine, pendant des heures, partout, et notamment sur Epidemik (la saison 1 est une mine de renseignements), le lien, le texte, la photo, la vidéo, la chanson qui va me permettre d'introduire le thème, de le conclure, d'argumenter, de les faire cogiter, de réduire en miettes l'argument le plus souvent évoqué : « Ouais moi je connais quelqu'un qui.... ».

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