Elle tourne vite, jusqu'à ce que son corps lâche. Elle s'écroule dans l'herbe et regarde les nuages danser devant ses yeux. Allongée, elle tourne encore. Et elle se sent vivante.
Elle sourit et laisse couler une larme. Elle ne le sait pas mais elle vient de découvrir l'ivresse.
***
Quand Zzouzz était petite, elle était une gentille fille. Bonne élève, souriante, serviable, aimée et aimante. Elle vivait dans une jolie maison, partait en vacances, été comme hiver. Elle savait skier, nager et faire du vélo. Ses parents l'emmenaient une fois par mois à des expositions d'art contemporain. Son père n'aimait pas ça mais il fallait se faire l'œil, il disait.
Le soir, elle lisait en cachette, sous sa couette, sa lampe de poche coincée entre ses dents. Ses parents faisaient semblant de ne pas voir. Ils étaient stricts mais savaient reconnaitre quand quelque chose était important. Pour Zzouzz, lire était important alors ils fermaient les yeux.
Le matin, dans la salle de bain, elle grimpait sur le bord de la baignoire et écoutait sa mère lui raconter le film de la veille. C'était leur moment à elles. Sa mère se préparait et Zzouzz la fixait, dans le miroir. Une histoire de femmes, père et frères n'y avaient pas accès. Plus tard, c'est dans cette salle de bain qu'elle confierait à sa mère ses émois d'adolescente.
Quand Zzouzz était petite, elle était privilégiée.
C'est peut-être pour ça que personne n'a compris qu'elle soit partie, un matin, avec son sac à dos. Elle ne savait pas bien où aller, juste fuir. Elle voulait prendre un bus, puis un bus, puis un autre bus. C'était devenu trop compliqué d'avancer, elle rêvait d'ailleurs, d'un lieu où le poids au fond du ventre aurait disparu, un lieu fantasmatique où elle aurait pu exister, juste. Elle n'y avait pas réfléchi avant. Elle s'était levée un matin et était partie.
Quand ses parents l'avaient retrouvée, elle avait vu qu'ils avaient eu peur et elle avait eu honte. Son père n'avait rien dit, sa mère l'avait giflée. Elle ne leur en avait pas voulu de ne pas comprendre. Comment leur expliquer qu'elle se sentait seule ? Vide ?
Quand Zzouzz était petite, elle était triste mais ça ne se voyait pas parce que quand elle était petite, elle riait.
***
Allongée dans l'herbe, elle comprend qu'elle sera toujours seule. Et que fuir n'y changera rien.
Allongée dans l'herbe, elle se promet de faire la paix avec elle.
Quand Zzouzz était petite, elle se préparait à être grande.

by Zzouzz
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