VOLDEMAG

S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

voldemag

Quand Bixente était petit...

Envoyer Imprimer PDF

 

vincent2

 

«L'âge est comme un élastique : les enfants et les gens âgés tirent dessus, chacun à un bout, et il finit par craquer et c'est toujours les gens âgés qui se prennent l'élastique dans la figure et après ils meurent.» (Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette)

Quand j'étais petit, j'étais si petit que l'on m'avait surnommé Crevette. Plus connu sous mon nom, j'ai bataillé des années pour me faire mon prénom avant de finalement opter un jour pour un nom de plume... Quand on est petit, on ne sait pas encore que l'on se contredira une fois grand.

Quand j'étais petit, j'étais le petit dernier. Avec un frère et une soeur qui me mettaient 9 et 14 ans dans les dents, j'ai entendu cette expression un nombre incalculable de fois sans jamais comprendre ce que cela avait de si formidable. Quand on est le petit dernier, c'est un peu comme si l'on arrivait après la bataille...

Quand j'étais petit, je me faisais le plus petit possible. D'une timidité maladive, sage et discret, le simple fait de m'adresser la parole pouvait me faire rougir jusqu'aux oreilles. Quand j'étais petit, on n'aurait jamais parié que je développerais un grand caractère...

Quand j'étais petit, je ne me laissais pas faire pour autant. Alors que je présentais le spectacle de fin d'année et que le directeur simulait de m'assommer avec un marteau, je me suis lancé dans une improvisation sévère et d'actualité du fameux «Je vous demande de vous arrêter !» d'Edouard Balladur. Ce n'était pas censé être hilarant mais la salle n'avait semble-t-il pas le même point de vue. Quand on est petit, on est parfois drôle sans s'en rendre compte...

Quand j'étais petit, on faisait déjà de moi un hyperactif. Solfège, piano, orchestre, danse basque, catéchisme, tennis, aviron, judo, boxe, échecs ... J'enchaînais les activités, heure après heure, sans aucun laps de temps pour passer de l'une à l'autre, d'une ville à une autre. Pendant des années, j'ai pris l'habitude de me changer dans la voiture, de partir en avance, d'arriver en retard... Quand j'étais petit, j'avais un emploi du temps de ministre...

Quand j'étais petit, j'ai essayé le skate et me suis cassé le poignet. Je n'ai plus jamais réessayé même si j'appréciais d'être exempté de flûte durant des semaines. Quand j'étais petit, je ne comprenais pas le pessimisme.

Quand j'étais petit, à l'heure où certains fantasmaient sur des boys band ou les Spice Girls, ma seule idole était le Roi Léon, roi de Bayonne et des couillons. Géant de mousse qui régnait sur les fêtes de Bayonne, 5 jours par an, du haut du balcon de la mairie. Je ne manquais pour rien au monde son réveil au son des douze coup de midi, même lorsque la veille, je dansais sur la Macarena avec mes parents, mon frère et ma soeur, jusqu'à 6 ou 7h du matin, du haut de mes dix ans... Quand j'étais petit, mes parents m'ont appris à faire la fête (au Cacolac, certes), même s'ils avaient parfois un peu honte...

Quand j'étais petit, j'entretenais des rapports extrêmes avec le dimanche soir. Je les ai d'abord adorés quand leur programme consistait au triptyque : bain / Ca Cartoon / oeufs à la coque et mouillettes. Lorsque cela a changé pour devenir synonyme de départ de ma soeur et mon frère vers Pau ou Bordeaux, Si maman si de France Gall, en boucle, a remplacé Philippe Dana, et je me suis mis à détester le dimanche soir... Quand j'étais petit, j'aurais voulu être plus grand...

Quand j'étais petit, on m'a rappelé que mon orphelin de grand-père n'avait pas pu poursuivre sa scolarité après le certificat d'études car son oncle estimait que «ce n'était pas de la viande pour un cochon». Si je ramenais un 18, la réaction était invariable : «pourquoi pas 20 ?». On ne se posait même pas la question, la filière S devait être mon chemin. Quand j'étais petit, on m'a appris à ne pas m'écouter.

Quand j'étais petit, j'ai découvert le jazz et depuis je n'ai eu de cesse d'aimer cette musique. Mon premier achat musical fut une cassette audio de Louis Armstrong, mon premier concert celui de Ray Charles et je me régalais à jouer un ragtime, un boogie ou The Entertainer au piano. Quand j'étais petit, je dévorais des livres des nuits entières. La collection Chair de Poule a marqué mes années collège. Christian Jacq exaltait ma passion pour l'Egypte. Au cinéma, Connaissance du Monde me faisait voyager quand L'Atalante me faisait découvrir les oeuvres d'art et d'essai. Le slogan de Sciences & Vie Junior, «La curiosité est un joli défaut», était mon précepte ; et je me ruais sur Télérama chaque mardi soir en rentrant de l'école. Quand j'étais petit, je ne savais pas que tout cela ferait de moi un bobo...

Quand j'étais petit, je ne me préoccupais pas de la mode. La grande braderie Rip Curl équivalait pour moi à ce que représentent aujourd'hui les ventes de presse. Billabong, Quiksilver et autre griffes de surfwear remplissaient mes armoires quand Givenchy, Hugo Boss ou Louis Vuitton me faisaient figure d'illustres inconnus. Quand j'étais petit, j'étais encore raisonnable...

Quand j'étais petit, j'avais l'été pour raison de vivre. Lors des grands coefficients, à la Plage du Métro, j'adorais les marées basses du matin qui dévoilaient un immense plateau. Je ne surfais pas encore, un peu de morey me suffisait. L'après-midi, je profitais de l'ombre des chênes allongé sur un paillat' dans le jardin ou m'amusais dans notre canal à attraper des tritons à la main. Le soir, nous avions le choix : plancha, glace de chez Dodin et promenade sur la Grande Plage à Biarritz, tapas à San Sébastian, ou restaurant de pescadores à Fontarrabia... Quand j'étais petit, le programme de mes étés n'était pas très différent de ceux d'aujourd'hui...

Quand j'étais petit, j'ai poursuivi l'élevage de canaris de mon frère et me suis pris de passion pour l'ornithologie. Au début, ils avaient tous des noms de compositeurs et Beethoven était clairement le meilleur chanteur. J'en apprivoisais quelques-uns pour qu'ils chantent sur mon épaule lorsque je jouais au piano. Quand les dizaines de canaris se multipliaient, j'ai du renoncer à les nommer, les bagues suffisaient. Plus jeune éleveur de France, les canaris m'ont conduit à l'Internet et à la réalisation de mes premiers sites, les cahiers d'élevage offerts aux éleveurs en étant le support promotionnel. Quand j'étais petit, je transformais déjà toute passion en ambition...

«L'esprit d'enfance vient avec les années. (...) Sans doute faut-il beaucoup de maîtrise et d'abandon pour oser la simplicité. (...) Défaut de jeunesse, le savoir. La simplicité arrive ensuite. Et l'enfance à la fin. (...) Je suis passé dans le partie de la vie. Il faut tant de temps pour être simple.» (Eric-Emmanuel Schmitt, Ma vie avec Mozart)

Quand j'étais petit, j'étais différent. J'ai changé, mais je n'ai pas oublié. Maintenant que je suis grand, j'essaye de ne pas faire honte au petit que j'étais...

 

signature

By Bixente

Commentaires
Ajouter un nouveau Rechercher RSS
  olivier Ravard 18-06-2010 11:05:25

C'est beau...

Bravo Mister !

Cette rubrique est un miracle.
baci 18-06-2010 12:43:06

merci !
c'est... pfff...

et sinon, j'ai adoré autobiographie d'une courgette. très joli livre.
sand 18-06-2010 14:58:47

mais quel mignon ce Bix (j'adore cette rubrique)
Merci
  Bixente 18-06-2010 18:12:47

Merci à vous pour vos compliments !
Nom:
Email:
 
Titre:
Website:
BBCode:
[b] [i] [u] [url] [quote] [code] [img] 
 
:angry::0:confused::cheer:B):evil::silly::dry::lol::kiss::D:pinch:
:(:shock::X:side::):P:unsure::woohoo::huh::whistle:;):s
Saisissez le code que vous voyez.

3.26 Copyright (C) 2008 Compojoom.com / Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

 
Auteur de cette article : Bixente