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Quand [Spleen Sans Idéal] était petit

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Quand j'étais petit, ma mère était la chose la plus importante au monde. Pour lui faire plaisir, j'aurais fait n'importe quoi. Même des trucs idiots (surtout des trucs idiots). Je ne l'ai vu que 4 fois pleurer dans ma vie. Et je m'en souviendrai jusqu'à la fin de celle-ci.

Quand j'étais petit, la Guadeloupe était en France. Géographiquement, j'entends. J'ai eu du mal à comprendre pourquoi ca marchait pas quand j'appelais le numéro de Dorothée pour « allo à l'huile ».

Quand j'étais petit, on m'a dit que j'étais surdoué, parce que j'avais appris à lire et compter tout seul. Alors on m'a fait sauter une classe. On voulait m'en faire sauter deux, mais on a changé d'avis, vu que je savais pas écrire (Bêtises, je ne sais toujours pas écrire). J'ai toujours pensé que c'était pas vrai. Et, en plus, ca m'a pourri mon enfance. Les enfants intelligents, c'est moins bien vu que ceux qui ont une maladie grave. Si si. Alors, j'ai détesté, détesté, détesté, Détesté l'école.

Quand j'étais petit, les livres étaient ma famille, mes amis, mes professeurs et ma télé. J'étais toujours tout seul dans un coin. Je ne me sentais en sécurité qu'avec quelque chose à lire dans les mains. Ma tête était pleine de mousquetaires, de pirates, d'extraterrestres et de monstres. De damoiselles à sauver et de méchants à pourfendre. À partir de 3 ans, je n'ai plus passé une journée sans lire. Et je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Théâtre, essai de philosophie, Shakespeare en VO, tout ce qui me passait dans les mains était bon à lire. Dans les fêtes familiales, quand tout le monde était en train de danser, je dévorais les Astérix de mon cousin, planqué dans le grenier. Encore maintenant, je suis mal à l'aise sans livre dans mon sac.

Quand j'étais petit, ma mère travaillait très tôt, elle partait à 5h et quelques du matin, alors j'avais toujours des nourrices. J'en ai vu passer plein. Certaines super gentilles, dont je ne me rappelle plus les noms, mais dont le visage et surtout le sourire planent devant mes yeux. D'autres trainent aussi dans ma tête, mais parce qu'elles me faisaient peur. Peut être pas mal, mais très peur (elles étaient méchantes, comme dans les films à la télé).

Quand j'étais petit, la vie avait la charte graphique d'une chanson de Brel. Un mélange perpétuel de gris, de rouge et de marron, comme dans les vieux films d'espionnage des années 60. Ça venait de l'appartement. Bois sur les murs, et dans les meubles. Gris dans les têtes et les nuages. Rouge sur la table et sur le sourire de ma mère. C'était dû aussi à la musique que j'écoutais, allongé sur la moquette en lisant des livres trop vieux pour moi, ma mère chantonnant lisant à coté de moi. J'aimais ça. Les couleurs ont une odeur. Les couleurs ont une musique, pour moi. Brel, Brassens, Nina Simone, Miriam Makeba, Gillespie, Simon et Garfunkel.

Quand j'étais petit, je n'avais ni Papa, ni Mamie, ni Papy, ils étaient tous morts avant que je naisse. Alors je m'en inventais. Surtout quand je devais me battre, pour qu'ils leur tapent dessus, parce que forcement, mon papa, il était le plus grand du monde. Il était aviateur ou astronaute. Ça m'a fait bizarre quand on m'a dit qu'il était prof de maths (j'aimais déjà pas les maths).

Quand j'étais petit, je détestais ma sœur. J'étais sûr qu'elle avait été adoptée. D'un autre coté, j'étais sûr de venir de Jupiter. On se tapait tout le temps dessus. Elle gagnait tout le temps. C'est nul les filles, ça grandit trop vite (heureusement que ça arrête vite ^^).

Quand j'étais petit, j'étais grossier. Très grossier. Je disais des gros mots toute la journée. Mais ce n'était pas ma faute. Ma mère passait du Brassens toute la journée et je comprenais tous les mots. Fallait bien que je les utilise. Un mot mort fait une langue morte. Et le latin, c'était moche.

Quand j'étais petit, je voulais devenir naturaliste pour sauver les baleines et les loups. Pour nager avec les phoques et caresser la langue d'un orque. Je voulais observer les lions et les élans, et voyager partout.

Quand j'étais petit, j'étais sûr que ma famille me détestait et qu'il n'y avait que ma mère pour m'aimer, vu que c'était la seule à être gentille avec moi. Ça n'a pas changé. Mais au moins, maintenant, je suis une langue de pute, alors je sais pourquoi.

Quand j'étais petit, je croyais à tout : fées, sorcières, démons, anges, vampires, loups-garous etc.... sauf une chose : le père noël. D'abord, c'était pas crédible, en plus, j'avais jamais ce que je voulais pour noël, seulement des encyclopédies ou des chemises. Comme ce qu'achèterait ma mère.

Quand j'étais petit, j'étais un garçon rêveur et trop mature. Je le suis encore. Dommage. Mais je suis resté gentil, je crois. Et ça, c'est chouette. J'aimerais bien être à nouveau petit, je crois.

 

Spleen Sans Idéal

 

 

Commentaires
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sand 17-03-2011 10:41:14

c'est tendre et doux. Cette rubrique me fera toujours beaucoup sourire, parce que dans les petits, l'adulte se dessine mieux.

(et je ressors toujours de ces lectures avec l'envie de faire un calin très fort à l'auteur... OHMONDIEULGE toute cette vague de chaleur humaine, c'est dégueulasse )
Catnatt 17-03-2011 14:42:53

Respect à ta mère.
Vraiment.

Elle a fait un boulot formidable avec un petit garçon adorable, déjà trop mature, rêveur et d'une rare gentillesse.

Joli "quand j'etais petit"
Zan 17-03-2011 22:28:22

J'attendais avec impatience le jour où tu l'écrirais.
Je suis ravie de l'avoir publié.
Comme je suis ravie de découvrir le petit bonhomme qui fit celui que j'apprécie tant aujourd'hui.

Il y a une certaine pudeur dans ce récit, quand on lit à travers ce qui est écrit...
Aurore 06-08-2011 00:41:04

Oh c'est adorable, vive cette rubrique et je signe le commentaire de sand au passage, en toute décontraction (vacances^^) merci pour ces jolis souvenirs !
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