Quand [Toujours Raison] était petit
Jeudi, 31 Mars 2011 00:00
ToujoursRaison
On ne se refait pas : quand j'étais petit, mon principal objet de fascination était un magnétoscope. Ayant entendu parler de la magie du cinéma, et observant mon père préparer à l'avance ses enregistrements de la semaine, je pensais qu'il suffisait d'écrire le titre d'un film sur l'étiquette d'une cassette vierge et d'enfourner celle-ci dans le magnétoscope pour que le film soit immédiatement gravé sur la bande, prêt à être visionné. Mille essais plus tard, il fallait me rendre à l'évidence : les VHS n'avaient rien de magique, pas plus que cette encombrante boîte grise. En revanche, le crayon utilisé par mon père devint mon nouvel objet de fascination.
Quand j'étais petit, j'étais chiant. Chiant au sens d'ennuyeux, barbant, tristoune. Un petit intello à lunettes, mais sans lunettes, avide de livres et de solitude, détestant les bonbons, les fêtes foraines, les vêtements de marque et les goûters d'anniversaire. Je ne peux même pas dire que je n'aimais pas la barbe à papa : en fait, je n'avais même pas envie d'y goûter. Cela fait d'ailleurs plus de 26 ans que je vis (très bien, merci) sans savoir quel goût ça a. Très vite, j'ai vu clair dans ces stratégies sucrées élaborées par des adultes complaisants et manipulateurs pour nous amadouer.
Quand j'étais petit, je n'avais pas de copains, ou si peu. Seul dans un coin de la classe de CP, j'avais le droit de bouquiner pendant que les autres apprenaient péniblement à lire. La moche de service,strabisme divergent et morve au nez, était hélas ma plus grande fan, donc mon plus lourd fardeau. Au foot, je laissais le ballon à mon adversaire pour peu qu'il montre un minimum d'envie de me le chiper. En cas de bagarre ou de risque de conflit, je fuyais inexorablement. Sauf la fois où Michel Bachelet, quasi homonyme de la présidente chilienne, a piqué mon porte-manteau dans le couloir devant la classe de CE2 et où je lui ai arraché des touffes de cheveux pour qu'il me le rende. J'étais déjà un peu con, en somme. Et caractériel. Rien n'a changé.
Quand j'étais petit, j'avais tellement peur de mon père, de sa grosse voix et de ses mains imposantes que je n'osais rien dire, rien demander, rien manifester. Les rares fessées administrées avaient depuis longtemps eu raison de mon peu de courage. J'ai fermé ma gueule pendant une petite vingtaine d'années avant de réaliser que j'avais des choses à dire ou à raconter, et une façon d'exprimer les choses pas toujours très claire mais au moins un peu singulière.
Quand j'étais petit, j'ai passé des vacances d'été avec des cousins pas si éloignés, Amandine et Willy. Quelques semaines plus tard, papa et maman nous faisaient asseoir au bas du grand escalier du couloir, pour nous apprendre que nous ne les reverrions plus jamais, que leur mère les avait pendus tous les deux dans le garage de leur maison.
Elle leur avait proposé une partie de colin-maillard pour expliquer le bandeau qu'elle allait leur mettre sur les yeux avant de leur passer la corde au cou. Je ne m'explique pas bien pourquoi l'idée de la pendaison ne me terrifie pas plus que ça, alors que la simple idée de jouer à colin-maillard me donne des sueurs froides.
Quand j'étais petit, j'avais un frère mais c'est comme si je n'en avais pas. Il était présent physiquement, partageant d'abord ma chambre avant de disposer de la sienne, mais j'étais si concentré sur mes bouquins et mon nombril, si peu conscient de ce qui se passait autour de moi, que je l'ai copieusement ignoré pendant une dizaine d'années. Sans vraiment le vouloir. Sans réaliser que mes parents vivaient mal de voir leurs deux fils cohabiter sans s'adresser vraiment la parole. Si peu de souvenirs communs. Tant d'années perdues. Aujourd'hui, quand je retrouve avec délice ce grand gaillard de 23 balais, je me maudis de ne pas l'avoir rencontré plus tôt. Mieux vaut tard que jamais, comme on dit.
Quand j'étais petit je rêvais d'avoir 30 ans, d'être mûr, indépendant, avec une vie de famille et un métier. Je ne voulais pas devenir cosmonaute ou pompier. Je désirais juste être heureux. J'ignorais alors que cela impliquerait de connaître les plaies, les bosses, le fracas et le doute. J'imaginais une vie bien tranquille, j'ai connu le tumulte. Quand j'étais petit, j'étais un peu naïf. J'ai bien grandi depuis.


By Toujours Raison
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...