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Goya et la Tauromachie

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Que l'on aime ou que l'on déteste la tauromachie, là n'est pas le débat. Il s'agit de découvrir un aspect de l'œuvre du peintre, exposée actuellement au Musée Henner.

Francisco de Goya, fut, en dehors de toute qualification, le plus grand peintre du XVIIIe siècle, il évolua au cours de sa carrière vers un style totalement original mais toujours lié à la tradition espagnole. Anton Raphael Mengs fut l'un des fondateurs du néoclassicisme. Il exerça notamment une profonde influence sur le portrait néoclassique et il fut le peintre attitré de Charles III d'Espagne. C'est Mengs qui fit venir Goya à Madrid en 1721.

L'influence de Mengs se ressent dans les premières œuvres de Goya, notamment dans ses premiers portraits. Mais pour le reste, Goya échappe à toute classification : sa carrière dura une soixantaine d'années au cours desquelles son style ne cessa d'évoluer en une incessante succession de métamorphoses. Avec le recul, on peut considérer que sa vision du monde moderne en fait un précurseur des romantiques. Son art était davantage en résonance avec le mélange baroque de classicisme formel et d'expressivité qu'avec l'idéalisme discipliné des néoclassiques.

Goya avait le don de pouvoir percer à jour les apparences de n'importe quel modèle pour en démasquer la vérité intérieure. Mais il y associait un merveilleux sens du décor, comme le prouve le désarmant portrait de la Marquise de Pontejos.
Ses œuvres sont à cet égard d'une telle beauté que même ceux dont le portrait frise la caricature la plus impitoyable ne semblent pas avoir compris ce qui leur arrivait !

La Marquise de Pontejos - vers 1786

La famille de Charles IV est un portrait sans complaisance, où les Bourbons d'Espagne sont présentés tels qu'ils sont : vains et suffisants. Ils n'en continueront pas moins à subventionner Goya durant toute sa carrière. Ce portrait est à la fois féroce et superbe : les altesses royales prennent la pause sans élégance, serrées les unes contre les autres avec une expression maussade. Nous sommes saisis par l'aspect pitoyable du roi, par le visage de mégère de la reine et l'air stupide du leur héritier. Et puis, le regard s'attarde surtout sur les détails, sur le charme des magnifiques atours aux couleurs chatoyants, de cette profusion de soies et de dentelles, de ce miroitement de décorations, de rubans, de bijoux.

La famille de Charles IV - vers 1800

Goya fut le peintre de la cour et de la haute société de son pays, ce qui laisse planer une certaine ambiguïté sur ses convictions politiques. Mais son art témoigne d'une telle indépendance d'esprit que nous sommes tentés de penser qu'il détestait toute forme de tyrannie. D'ailleurs l'une de ses plus grandes œuvres est une dénonciation des agissements des troupes françaises d'occupation. Il s'agit du Tres de Mayo qui montre l'exécution d'otages après un soulèvement de la population en mai 1808. Ce tableau n'est qu'en partie politique, ce que Goya condamne, ce n'est pas la cruauté des Français, mais la nôtre en général. C'est la nature humaine qui tient les fusils, mais la nature humaine dans ce qu'elle a de plus dénué de conscience. De même, les victimes, c'est tout le monde et n'importe qui, la masse tremblante de tous les malheureux sans défense : Goya fait en sorte que nous nous sentions à la fois exécuteurs et exécutés, comme pour nous confronter à cette dualité du bien et du mal qui est en chacun de nous. C'est une œuvre très sombre, pourtant Goya allait en concevoir de plus sombres encore, plus tard, au soir de sa vie, quand la solitude, la maladie et l'approche de la mort accentuèrent les peurs qui le hantaient depuis toujours.

Tres de Mayo - vers 1814

Entre 1797 et 1799 Goya réalisa 80 gravures satiriques, les Caprices. S'inspirant des caricatures anglaises, dont lui avait parlé son ami Leandro Fernandez Mortin, elles ridiculisent les faiblesses humaines et les mœurs de la classe dirigeante. Ces œuvres critiques valurent à Goya des démêlés avec l'inquisition.

La corrida est solidement encrée dans la culture espagnole, ce qui explique en partie, qu'à un siècle d'intervalle, deux célèbres peintres espagnols s'essayent à des représentations : Goya et Picasso. Dans son recueil La Tauromachie , exécuté à partir de 1815, et qui est une admirable suite de gravures, Goya a croqué toreros et taureaux s'affrontant dans différentes scènes. De ces jeux à caractère populaire, l'œil visionnaire du peintre a su traduire toute la violence. Chez Goya la corrida reste est un spectacle tragique et cruel. Cette série compléte qui reste un des chefs d'oeuvre dans l'histoire de la gravure, est exposée au Musée Henner jusqu'au 29 Mars.

La Tauromachie - vers 1815

Situé dans le 17e arrondissement de Paris, le musée est installé dans l'ancien atelier du peintre Dubufe, un élégant hôtel particulier de 1878 dont le décor d'origine est en partie conservé comme le moucharabieh égyptien en bois sculpté.

Musée Jean-Jacques Henner
43 avenue de Villiers (métro Malesherbes) - Paris 17e

By Sonia

 

Commentaires
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Anne 10-02-2010 11:24:26

Je ne connaissais ni les gravures ni le musée Henner.
Ce billet sur Goya et tout simplement riche et intéressant.
Caro 10-02-2010 16:22:49

Merci de nous faire découvrir à travers des billets aussi riches que détaillés ces petits musées dont on ignore qu'ils puissent exister !
Sinon, où puis-je acquérir de telles connaissances en peinture ?
Sonia 10-02-2010 21:56:50

Une seule adresse, le cycle de conférences, qui dure une année au Musée du Louvre.
L'un des plus complets, riche et les intervenants sont vraiment exceptionnels (des professeurs d'histoire de l'art de renom mais aussi des conservateurs de Musée et des archéologues).
Cela peut paraître un peu cher, mais à mon sens, cela en vaut vraiment la peine !
Belam 11-02-2010 08:34:43

Merci de nous proposer des expos chaque semaine.
Et bienvenue à Caro
REGINA 22-02-2010 23:43:04

Merci de me faire part de petites expos de qualité comme celle -ci .
Belam 22-02-2010 23:59:07

oui, c'est vrai, c'est formidable, hein?!

Regina revenez la semaine prochaine, Sonia devrait vous proposer une belle expo
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Auteur de cette article : Sonia

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