Apnée
Mercredi, 18 Novembre 2009 07:19
zan'

Une sale nuit.
De celles qui s'étirent visqueuses. Verdâtre sous le néon. À se regarder les mains trembler sans trop savoir qu'en faire.
De celles où l'on vide les verres avec dégoût en regardant la ville endormie par la fenêtre. Étrangère.
De celles où résonnent les battements d'une vieille pendule. Des talons sur le trottoir au dehors. Une télé au loin.
De celles où le sel brûle les paupières. Où la nostalgie brûle la gorge.
De celles qui sont froides sans être sèches. Sous une couverture défraîchie par les années.
De celles qui ne s'achèvent pas avec le jour qui se lève. Quand le réveil crie dans le silence. Alors que, le front posé contre la vitre, tu regarde la buée perler depuis le plus noir de la nuit.
De celles qui présagent une sale journée.
J'enfonce la touche qui la fera taire. Cette foutue alarme.
Le jour blanchit les murs à défaut de blanchir mon âme.
L'eau fouette mes épaules. Tale mes cernes. Traîne des traces oubliées de khôl en traces verticales sur mes pommettes.
Je passe ma robe noire. Démaquille. Remaquille. Chausse mes escarpins. Vide de toute pensée. Dénuée de vie. Fatiguée de cette nuit sans sommeil. Des ces nuits sans sommeil. De ces mois sans sommeil.
Qui présage une sale journée.
Je dépasse une poussette sur le trottoir gris sombre. Sous le ciel gris clair.
J'entends l'enfant à côté de la poussette dire :
" Maman regarde ! Une princesse ! "
Présage d'une putain de bonne journée.
Je me retourne et lui offre mon plus beau sourire en guise de merci.

By Zan
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