Le blog dont on ne dit pas le nom

Paris, 2ème arrondissement.
Confèrence de presse sur les Transmusicales de Rennes, 2009.
Un matin clair, un peu frisquet. Lorsque je lève le menton, de jolis et légers petits nuages blancs donnent une touche enfantine au ciel bleu du début du mois de septembre. Les rues ont été désertées par le flot matinal des travailleurs en col blanc du quartier de la Bourse, ceux à qui le monde est sensé appartenir, les cols bleus étant au boulot depuis longtemps déjà... 10h30 arrive. Les arpenteurs des trottoirs sont d'un tout autre style. Ceux là même dont on se demande s'ils vont travailler ou s'ils reviennent d'une fête quelconque bien arrosée, à la fin de laquelle ils auront refait le monde, à leur façon... Les rues sont encore sales de la nuit parisienne. L'air inspiré laisse un goût de fête frustrée par la semaine. L'atmosphère est étrange. On dirait que l'automne insidieux essaye de prendre sa place en avance, mais que l'été insiste encore un peu, puisant dans ces dernières forces.
Je ne suis pas fatiguée, mais je ne tiens pas non plus une forme olympique. Ce quartier est pour moi synonyme de tant de nostalgie. Le dernier homme de ma vie en date s'y démène 6 jours sur 7, 14 heures par jour. Je suis angoissée à la seule idée de l'apercevoir ne serait-ce qu'à 500 mètres. Seulement 5 jours se sont écoulés depuis notre douloureuse rupture. Y'en a t'il qui ne le sont pas ?
10h35. La porte s'ouvre. Au loin, du côté plus ensoleillé de la rue Montmartre, deux hommes marchent. Un jeune homme d'une trentaine d'années et un autre moins jeune, un peu grisonnant. L'air affable, le premier se présente. Benjamin. « Enchantée, Benjamin ! » ! Rayonnant lui aussi. Est-ce la grisaille parisienne qui fait ressortir cette gaieté de leurs visages fatigués, comme l'automne donne une couleur si chaude aux feuilles mortes ? Écrasage de la clope matinale (déjà la énième, il faut vraiment que j'arrête). On rentre, on s'installe. Je sors studieusement mon bloc-notes, mon crayon de papier. Sur un coin de table, simplement ornée d'une vieille platine, Jean-Louis prépare des piles effrayantes de CD. Jean-Louis, c'est l'homme grisonnant qui est arrivé plus discrètement avec Benjamin. Les bloggeurs et autres journalistes, à côté desquels je me sens totalement injustifiée, s'installent professionnellement en demi-arc de cercle face à lui. Oh, un cendrier sur la table... Chouette... Décidemment, j'arrêterai un autre jour...
Les Transmusicales de Rennes, ça vous dit forcément quelque chose... Ah, une nouveauté logistique mais pas des moindres. Pour sa cinquième édition, le festival se met à la page écologiquement correcte et obtient le Green'n Clean Label grâce à une utilisation intelligente des énergies avec entre autres des ampoules basse consommation. Bon. C'est bien, très bien même. Je le note et nous en félicite.
Et puis, le voyage commence. En face de moi, cet homme-là qui m'avait donné comme première impression, celle d'un être un peu fermé, un peu triste et sûrement très fatigué, s'ouvre et s'illumine. Il semble se transformer au fur et à mesure qu'il passe et parle des artistes qu'il a programmés. Plus qu'un simple festival, l'événement des Transmusicales de Rennes, grand cru 2009, revêt soudain un autre visage. Le sien. Celui d'un homme passionné de musique, passionné de création, passionné par Les Artistes. Un homme qui voue sciemment sa vie à la découverte et à la mise en lumière de ceux, jeunes et moins jeunes, qui se démènent dans la société actuelle pour parvenir à avoir assez de temps pour sentir, souffrir, pleurer, rire, puis rêver, penser, imaginer, coudre, en découdre, rebondir, s'organiser, créer, fédérer, enregistrer, jouer et enfin partager, nous donner...
Tel un juke-box devenu humain subitement doué de sentiments, il joue des disques et des coudes dans la sombre lumière du bar dont on a oublié même l'odeur de la nuit passée. Le voyage continue. De surprise auditive en surprise profondément viscérale, je le suis virtuellement en dansant et en chantant, dans ma tête bien sûr, et de la jambe droite sous la table... Je rythme ma chevauchée au triple galop sur MAJOR LAZER, telle une Uma Thurman (si seulement...) dans un Kill Bill 4 westernisé. Je me retiens de lever mes mains en l'air pour la Jamaïque tout en résistant à l'envie de monter sur la table (ça ferait désordre), en écoutant TERRY LINN. La guérilla funk d'EZRA BANG and the HOT MACHINE déménage sérieusement. NAOMI SHELTON And The GOSPEL QUEEN qui sort enfin son premier album, à plus de 60 ans, me rappelle qu'il n'y a pas d'âge limite pour réaliser son rêve.
Jean-Louis reprend son brouillon quand il nous dit avoir revisité toute sa programmation pour caser les trois Rennais de LA TERRE TREMBLE. Une chorale détonante et mélodieuse ponctuée de subtiles dissonances qui ravissent, met en scène les 21 jeunes femmes de GAGGLE. Entre autres, encore, The WHISTEST BOY ALIVE, FRAMIX, ELEPHANT, RUBBERHEAD BANDITZ, SOLLALOQUIST OF SOUND... Allez un dernier !! BEAST... On l'écoute lui, tous ensemble, quasiment religieusement (excepté au niveau du balancement de nos pieds et du tapotement des stylos sur les tables) et dans un si grand respect, la bonne vingtaine d'artistes, leur histoire, sa rencontre improbable avec eux. De la même façon que l'automne ou la grisaille parisienne illuminaient les êtres du décor alentours, le bar sombre qui affiche un nombre d'heures de sommeil réduit donne à cet homme qui trône devant nous une splendeur et une énergie indescriptibles et par là-même, donne une si belle couleur à cet événement que sont les Transmusicales de Rennes... Je l'aurais écouté pendant des heures... Il aurait pu nous en parler pendant des jours...
Au-délà de toutes considérations politiquement et artistiquement correctes, même évidentes, car pourtant d'actualité, je conseille un passage minimum, tenue correcte loin d'être exigée, à Rennes et dans les villes qui reçoivent la tournée. Pourquoi ai-je donc changé d'avis ? Bah... simplement parce que je ne savais pas ce qu'étaient les Transmusicales de Rennes !.. Parce que c'est juste (l'adverbe est faible) la promesse dénuée de toute prétention (et pourtant, m'est témoin qu'elle pourrait !!!) d'un voyage intemporel dans l'Histoire et l'Universalité de la Musique. C'est la promesse d'une belle Rencontre avec la Générosité, le Don, le Partage, l'Envie voire le Désir profond de ce gentil organisateur et de généreux et talentueux musiciens venus de tous horizons de nous emmener là-bas, dans leur monde à eux, l'espace-temps de 3 ou 5 minutes, le temps d'une de leurs chansons programmées...
Et peut-être aussi parce c'est finalement le plus bel avenir qu'on puisse souhaiter à la musique, voire à toute l'industrie musicale : n'être mise en avant que par des gens qui aiment ce qu'ils font, ce qu'ils entendent et ce qu'il font découvrir et ce qu'ils partagent... Pas ce qu'ils vont y gagner...
Je repars de ce voyage sédentaire de deux heures et demie, finalement trop court, d'un pas plus que léger... Le quartier est chaud, illuminé. Plus rien ne m'angoisse. J'avais oublié à quel point la bonne musique partagée avec tant de générosité peut adoucir les mœurs...

By Angélique
Le blog des Transmusicales A découvrir absolument, une mine d'infos sur la musique actuelle.
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Salut Lili, Bienvenue ici !
La politique du renouvellement perpet...
Hello
Merci. - Je suis tombée sur ton blog...
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